Mercredi 27 mai 2009 3 27 /05 /Mai /2009 11:25

Mon avis :


Roman probablement écrit dans la salle d’attente du cabinet du docteur de M. Fitzgerald, entre un nouveau-né et un homme tronc d’âge supérieur à 50 ans. Ou bien d’après une expérience personnelle ; qu’elle le reste. Une histoire de fond originale et intéressante. A 15 pages de la fin du livre on guette encore la moindre péripétie ; il n’y en aura aucune. Aucun message, aucune réflexion, aucune matière à réfléchir. Aucune matière à s’amuser et se détendre non plus. Néant. Hormis quelques clichés sur la méchante médecine inhumaine, la hantise caricaturale de la recherche bourgeoise de la norme sociale, il est à noter une éviction complète et malsaine du rôle de la femme dans la conception et l’éducation d’un enfant : femme pondeuse qui disparaît dès la 3ième page, seul le père est ensuite mentionné, et de manière itérative. Heureusement pour nous, ce jour là l’attente au cabinet n’était que de 30 min : livre peu épais, petit format, grosse écriture. Sans doute sa plus mauvaise nouvelle.

Par Olivier GUILLARD
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Lundi 16 mars 2009 1 16 /03 /Mars /2009 20:46
Un homme à la mer !

Qu’importe !le navire ne s’arrête pas. Le vent souffle, ce sombre navire là a une route qu’il est forcé de continuer. Il passe.

L’homme disparaît, puis reparaît, il plonge et remonte à la surface, il appelle, il tend les bras, on ne l’entend pas ; le navire, frissonnant sous l’ouragan, est tout à sa manœuvre, les matelots et les passagers ne voient même plus l’homme submergé ; sa misérable tête n’est qu’un point dans l’énormité des vagues.

Il jette des cris désespérés dans les profondeurs. Quel spectre que cette voile qui s’en va ! Il la regarde, il la regarde frénétiquement. Elle s’éloigne, elle blêmit, elle décroît. Il était là tout à l’heure, il était de l’équipage, il allait et venait sur le pont avec les autres, il avait sa part de respiration et de soleil, il était un vivant. Que s’est-il passé ? Il a glissé, il est tombé, c’est fini.

Il est dans l’eau monstrueuse. Il n’a plus sous les pieds que de la fuite et de l’écroulement. Les flots déchirés et déchiquetés par le vent l’environnent hideusement, les roulis de l’abîme l’emportent, tous les haillons de l’eau s’agitent autour de sa tête, une populace de vagues crachent sur lui, de confuses ouvertures le dévorent à demi ; chaque fois qu’il enfonce, il entrevoit des précipices pleins de nuit ; d’affreuses végétations inconnues le saisissent, lui nouent les pieds, le tirent à elles ; il sent qu’il devient abîme, il fait partie de l’écume, les flots se le jettent de l’un à l’autre, il boit l’amertume, l’océan lâche s’acharne à le noyer, l’énormité joue avec son agonie. Il semble que toute cette eau soit de la haine.

Il lutte pourtant.

Il essaie de se défendre, il essaie de se soutenir, il fait effort, il nage. Lui, cette pauvre force tout de suite épuisée, il combat l’inépuisable (…). Les rafales soufflent, toutes les écumes l’accablent. Il lève les yeux et ne voit que les lividités des nuages. Il assiste, agonisant, à l’immense démence de la mer. Il est supplicié par cette folie. Il entend des bruits étrangers à l’homme qui semblent venir d’au-delà de la terre et d’on ne sait quel dehors effrayant (…).

Il se sent enseveli à la fois par ces deux infinis, l’océan et le ciel ; l’un est tombe, l’autre est linceul (…).

Il appelle. Il n’y a plus d’hommes. Où est dieu ?

Il appelle. Quelqu’un ! quelqu’un ! Il appelle toujours.

Rien à l’horizon, rien au ciel.

Il implore l’étendue, la vague, l’algue, l’écueil ; cela est sourd. Il supplie la tempête ; la tempête imperturbable n’obéit qu’à l’infini.

Autour de lui l’obscurité, la brume, la solitude, le tumulte orageux et inconscient, le plissement indéfini des eaux farouches. En lui l’horreur et la fatigue. Sous lui la chute (…). Vents, nuées, tourbillons, souffles, étoiles inutiles ! Que faire ? Le désespéré s’abandonne, qui est las prend le parti de mourir, il se laisse faire, il se laisse aller, il lâche prise, et le voilà qui roule à jamais dans les profondeurs lugubres de l’engloutissement.

Ô marche implacable des sociétés humaines ! Pertes d’hommes et d’âmes chemin faisant ! Océan où tombe tout ce que laisse tomber la loi ! disparition sinistre du secours ! Ô mort morale !


La mer, c’est l’inexorable nuit sociale où la pénalité jette ses damnés. La mer, c’est l’immense misère.

 

Les misérables, Fantine, La chute, VIII L’onde et l’ombre, Victor HUGO

Par Olivier GUILLARD
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Vendredi 6 juin 2008 5 06 /06 /Juin /2008 20:06



Dans les pays traditionnellement riches nous observons chaque jour les méfaits de la politique néolibérale menée depuis plusieurs années par les gouvernements de droite dans la plupart des pays du globe : paupérisation de la société, délocalisations, etc, sont notre quotidien. Mais qu’en est-il de la population des pays vers lesquels nos multinationales délocalisent ? Ndiougou FALL, président du Réseau des Organisations Paysannes et Producteurs d’Afrique de l’Ouest, explique dans Le Monde du jeudi 5 juin 2008 que la crise alimentaire mondiale actuelle est provoquée par les politiques néolibérales imposées par les occidentaux via le Fond Monétaire International (FMI) et la Banque Mondiale et acceptées par les chefs d’états africains. A travers les exemples du Niger, des Philippines et de l’Inde, répartis sur 3 continents distincts, voyons les conséquences de ces politiques néolibérales.

 

 

Au Niger, la richesse du sol en uranium attire les entreprises minières étrangères comme Areva dans la région d’Agadez. Au nord du pays 300 000 touaregs ont été expropriés pour l’installation d’une entreprise minière chinoise. La population locale, peu scolarisée donc non formée, ne peut profiter des emplois créés par ces entreprises étrangères. De plus, ces installations menacent les occupations traditionnelles vivrières (élevage transhumant, commerce du sel, agriculture oasienne) laissant sans ressources ces touaregs alors que le pays, bien que 3ième exportateur mondial d’uranium, a un Indice de Développement Humain classé 174ième sur 177 selon l’OMS. En plus de leur supprimer les vivres, ces entreprises profitent de la pauvre législation sociale de ces pays (c’est bien pour ça qu’ils sont venus s’y installer) pour multiplier leur profit en économisant sur les règles sanitaires, mettant ainsi en danger la santé de la population locale : le Comité de Recherche et d’Informations Indépendantes sur la Radioactivité a dénoncé le stockage des déchets radioactifs à l’air libre depuis plusieurs décennies, le taux extrêmement élevé de la radioactivité dans l’eau distribuée à la population et la revente sur les marchés des matériaux radioactifs sortis des usines destinés à la construction d’habitations. En compensation, les touaregs revendiquent le transfert de 50% des recettes des entreprises minières étrangères aux collectivités locales. Face au refus du gouvernement d’aider ces populations mises en danger de mort, ils se sont regroupés au sein du Mouvement des Nigériens pour la Justice avec pour devise « Si la lutte est la seule voix qui puisse être entendue, tel est notre choix ! ». La réponse de l’état est sans appel : 70 exécutions sommaires de civils depuis août 2007 par les forces armées nigériennes, multiples arrestations et détentions arbitraires, tortures, viols, pillages, massacres de troupeaux, déportation et interdiction des journalistes. En mai 2008 un correspondant de Radio France International a été incarcéré.


 

(Inde, Philippines)

 

Au nom du profit d’entreprises étrangères les populations locales sont ainsi mises en danger de mort. Mort de faim en supprimant l’agriculture vivrière pour satisfaire le marché international, mort de maladies en passant par dessus des règles environnementales de base, et mort violente en réprimant massivement tout mouvement contestataire. C’est ce que les libéraux appellent la loi de population selon Malthus, du nom d’un pasteur anglais de la fin du XVIIIième siècle. Sa théorie repose sur le fait que la population progresse plus vite que les subsistances ; ainsi, lorsque la population excède les possibilités de la nature, une régulation s’exerce par le biais de famines, de guerres et d’épidémies. « Le peuple doit se considérer lui-même comme la cause principale de ses misères ; aider les pauvres c’est multiplier la pauvreté », expliquant ainsi la nécessité que l’état s’abstienne de toute politique sociale. En somme, ces entreprises, en installant la misère et la famine, ne font que provoquer l’ordre naturel, doctrine de base du libéralisme.

Par Olivier GUILLARD
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Lundi 2 juin 2008 1 02 /06 /Juin /2008 11:32



La question chypriote :

 

Chypre, indépendante du Royaume-uni depuis 1960, subit en 1974 un coup d’état nationaliste grec ayant pour but de rallier l’île à la Grèce. En réaction l’armée turque intervient au nord de l’île divisant l’île en République Turque de Chypre Nord et République de Chypre (Sud, grecque). Cet évènement contribue à l’effondrement du régime dictatorial grec la même année. Au referendum de 2004, 75,88% des chypriotes turcs votent en faveur du plan de réunification de l’île proposé par K. Annan (ONU) alors que 65% des chypriotes grecs se prononcent contre. Cependant les ports et aéroports turcs restent fermés aux navires et avions chypriotes grecs.

 

 

La question arménienne :

 

A la sortie de la 1ère guerre mondiale, le sultan de l’Empire Ottoman (divisé en multiples protectorats européens occidentaux) fait expulser, massacrer, piller et laisser mourir de froid et faim la communauté arménienne accusée de trahison militaire. Après passage à un régime démocratique et trois changements de constitution, l’état turc aujourd’hui reconnaît ce massacre mais rechigne à dédommager les descendants d’arméniens déportés en raison de la somme colossale mise en jeu. Cependant, bien qu’il n’existe pas de jurisprudence pour l’ensemble des arméniens, le gouvernement dédommage au cas par cas après jugement de la cour européenne de justice. Arès avoir noter que les pays européens et la France notamment peuvent difficilement se positionner en donneur de leçon sur ces sujets, on peut conclure à la nécessité du devoir de mémoire.

Par Olivier GUILLARD
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Vendredi 30 mai 2008 5 30 /05 /Mai /2008 17:59

 

Bertrand DELANOË, De l’audace !, p. 43 à 45 :




" Tenez-vous un discours social-libéral ? "


 

 

Non, je ne suis pas social-libéral : je n’adhère pas à ce que représente ce courant de pensée. Mais je vous le dis tout net : je ne réfute pas mécaniquement ce vocable, "libéral". Et quand il s’applique à une doctrine politique,  au sens global, je crois même qu’un militant socialiste devrait le revendiquer. En revanche, ce qui est inacceptable pour un progressiste, c’est de hisser le "libéralisme" au rang de fondement économique et même sociétal, avec ses corollaires : désengagement de l’État et laisser-faire économique et commercial. Il est donc temps que nous cessions de nous acharner sur un mot, et que nous tournions le dos à cette triste époque de notre histoire collective, qui a vu une grande partie de la gauche française rejeter une constitution européenne au motif qu’elle aurait été "libérale". C’est d’autant plus absurde – et croyez bien que je ne suis pas inspiré par le goût du paradoxe, mais par celui de la vérité – que la gauche que je défends est par essence libérale. Quant au sarkozysme, ce bonapartisme modéré par la désinvolture – mais nous y reviendrons –, il est profondément antilibéral. Je le dis et je tente de le prouver.  Qu’est-ce que le libéralisme ? C’est une doctrine d’affranchissement de l’homme, née dans l’Europe des Lumières. C’est, comme son nom l’indique, une idéologie de la liberté, qui a permis l’accomplissement de grandes conquêtes politiques et sociales. Le principe en est simple : il n’y a pas d’oppression juste, il n’y a pas de chaîne qui ne doive être brisée, il n’y a pas de légitimité, ni donc de fatalité, à la servitude. Et le libéralisme, c’est dans le même temps l’idée que la liberté est une responsabilité, qu’être libre ce n’est pas faire ce que l’on veut mais vouloir ce que l’on fait. Au nom de cet héritage intellectuel- là, celui de Montesquieu, de John Locke, au nom de ceux qui ont su se dresser contre le confort mortel de l’habitude pour dire non, je suis libéral. Je suis libéral parce que j’aime la liberté. Pour moi-même : j’ai toujours voulu être un homme libre de toutes les puissances et de toutes les dominations. Et pour les autres : j’aime les peuples libres qui défient la rigueur de l’histoire, j’aime que, collectivement, s’exprime le désir d’avancer fièrement dans la voie que l’on s’est souverainement tracée. Et ce que je dis des peuples vaut pour les personnes. Chaque individu a droit au bonheur, et il a le droit de le rechercher par les moyens qu’il souhaite. Avec une seule limite, celle de l’article 4 de la Déclaration des droits de l’homme, qui définit l’idée que je me fais du libéralisme : "(...) l’exercice des droits naturels de chaque homme n’a de bornes que celles qui assurent aux autres membres de la société la jouissance de ces mêmes droits." Le libéralisme est donc d’abord une philosophie politique et j’y adhère. 


Ce sont les conservateurs qui l’ont dévoyé au service d’une idéologie du laisser faire économique et de la perpétuation des rentes et des privilèges dont ils bénéficient déjà. Au nom d’un principe de liberté, leur dessein est en réalité celui de l’immobilisme, qui prolonge leurs avantages et reproduit toujours les mêmes inégalités. C’est une supercherie à la fois intellectuelle et idéologique, dont la gauche ne doit pas, ne doit plus, s’accommoder. Je suis donc libéral ET socialiste. »


Par Olivier GUILLARD
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