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La santé est un espace imaginaire omniprésent. Son caractère collectif, de par sa dimension et sa gestion, l'a placé dans notre société au coeur du projet politique. Alors qu'aujourd'hui la précarité et la déréglementation du travail comme critère de la compétitivité sont en plein essor, la politique de santé dans son essence a pour intention d'éviter l'affaiblissement du corps social, d'où l'aboutissement inexorable à la crise actuelle de notre système sanitaire. Mais contrairement à l'opinion générale, les médias font inconsciemment la part des choses entre les deux aspects de cette crise : un 1er aspect financier évident dès lors que les dépenses de santé (450 milliard d'€ en 2002) sont supérieures au triple du PNB ; et un 2ième aspect, sanitaire cette fois, touchant du doigt l'organisation, centrée sur l'hôpital, inefficace face aux crises telles que la canicule, la vache folle ou encore le sang contaminé. Il y a donc, à partir de ces constats, nécessité de repenser la politique de santé.
Dans nos sociétés occidentales, la maladie est pensée à travers son statut social. Ainsi, la politique de santé se retrouve coincée entre d'un côté les libertés individuelles (liberté de fumer, liberté de boire de l'a
lcool, liberté de consommer des aliments gras ou sucrés) et l'essor de l'activité économique. En effet, il est maintenant universellement reconnu que des facteurs tels que le patrimoine génétique, l'environnement géographique et social, et le mode de vie ont un impact sur la maladie et donc sur l'état fonctionnel du sujet au sein de l'entreprise. Ainsi, il paraît indispensable, au nom de la collectivité, d'établir une politique de prévention et d'éducation efficace. A l'heure actuelle, le budget alloué à la prévention en matière de facteurs de risques est inférieur à 2% du budget total de la consommation médicale. On peut aisément penser qu'en augmentant cette part, automatiquement le montant absolu du coût des soins et des traitements médicaux seront en baisse : il revient évidemment moins cher de prévenir une alimentation trop grasse que de soigner un cancer digestif (cette logique n'est pas forcément applicable au tabac étant donné le manque de transparence des recettes liées aux taxes sur le tabac et le retentissement économique des entreprises de ce secteur). De cette politique de prévention découlerait l'objectif principal d'une population en meilleure santé, une réduction des coûts de la santé et donc un arrêt des politiques de limitation des remboursements, de remise en cause de la Couverture Maladie Universelle (27 juillet 1999) et toutes autres politiques aggravant l'inégalité devant l'accès aux soins dont nous avons été témoin depuis 2002. Il m'apparaît important de souligner ici que la notion d'accès au soin est multifactorielle et comprend aussi bien la situation socio-économique que l'éducation, les transports, etc...
Mais il doit aussi être mis en place une politique de responsabilisation ne passant bien évidemment pas par le ticket modérateur. Face à une contribution indolore de l'u
sager du système de soin, il faut trouver des solutions efficaces pour le mettre face à ses devoirs. En effet, la culture occidentale est à l'origine de comportements à risques : auto-médication ; mauvaise alimentation provoquant des dérèglements physiologiques tels que le diabète, l'obésité, l'hypertension artérielle à l'origine eux-mêmes de pathologies cardiovasculaires ou articulaires (Hippocrate aurait dit : « Ton aliment sera ta seule médecine) ; autre comportement à risque lié au carriérisme et à la précarisation : survenue tardive de la 1ère grossesse et donc, par répercution, âge tardif des dernières augmentant les complications lors de l'accouchement étant elles-mêmes responsables de l'augmentation de la mortalité maternelle en France depuis quelques années. Il faut donc une évolution des moeurs mais également une évolution des mentalités : en Indre et Loire le SAMU redirige 98,75% des demandeurs vers leurs généralistes. Mais pire encore, sur une moyenne de 7 sorties par 12h, la plupart sont jugées non indispensables une fois sur place ou sont basées sur des mensonges (par exemple la simulation d'un infarctus du myocarde pour être hospitalisé afin de quitter le domicile familial dans un contexte particulier, mettant en évidence l'influence qu'aurait une meilleure politique sociale sur le système de soins). En termes financiers, 3 interventions de SAMU inutiles en moins par 24h représentent le salaire mensuel d'un(e) aide-soignant(e), soit la possibilité d'embaucher environ 1000 aides-soignant(e)s supplémentaires sur le département sur l'année et en profiter pour rehausser un minimum les salaires du personnel paramédical. Ce volet responsabilisateur peut par exemple passer par l'inclusion dans les programmes d'enseignements généraux (élémentaires ou secondaires) de la connaissance du système de santé, de son mécanisme de financement, et d'une réelle éducation sanitaire préventive alimentaire telle qu'elle est pratiquée pour les soins buco-dentaires en école élémentaire.
Enfin, une remise en cause de la pratique médicale me semble également intéressante. Aujourd'hui les pressions indirectes des gouvernements, le manque de personnel et certaines mentalités d
onnent la priorité à des notions telles que l'efficacité, l'efficience et la rentabilité. Notre médecine est le parfait reflet de notre société. Le mécontentement des usagers a fait évolué le paradigme d'efficacité scientifique des années 50 vers un paradigme de justification de nos jours. Ce qui a d'ailleurs permis un certain nombre de réformes inexorables telles que la mise en place des droits des patients (loi Kouchner du 4 mars 2002), l'obligation d'obtention d'un consentement libre et éclairé de la part du patient, l'obligation de donner au patient une information claire, intelligible et loyale. Cependant l'aboutissement de ce mécontentement est l'avènement petit à petit d'une obligation de moyens à une obligation de résultats que la médecine ne pourra jamais fournir. Il aboutit aussi à une volonté de déserter les hôpitaux réactualisant les rivalités hôpital public / cliniques privées (qui ne présentent pour certaines aucune amélioration d'humanité et de confort, voir l'inverse). Bref, par notre comportement de praticiens, qui est le stricte reflet d'une société ou les « grands » ne craignent rien, nous portons atteinte à la démocratie sanitaire. Les solutions sont simples et incontournables : embauche de personnel hospitalier, développer les sciences humaines au sein de l'enseignement médical et de la Formation Médicale Continue, mettre en place une évaluation de la pratique médical, remplacer quand cela est possible le docteur en médecine par un simple technicien en rangeant l'orgueil médical au placard, et enfin, donner la parole aux usagers en créant un grand débat nationale autour de la sécurité sociale et de la pratique médicale.
Une fois ces réformes prises en compte il sera alors possible de regarder sereinement la potentielle nécessité de remettre en cause les missions du service public, le financement et le fonctionnement de notre sécurité sociale qui est un droit fondamental inscrit dans le préambule de la constitution de 1946 puis repris par les Nations Unies le 10 décembre 1948. Il peut aussi être intéressant de remettre en cause l'organisation hospitalo-centriste du système du soin (R. Debré, 1958) qui soumet au principe et à la loi de l'autorité du Centre Hospitalier Universitaire l'ensemble du champ de la production médicale.
« C’est le résumé le plus court et le plus juste » d’après Laurent FABIUS, visiblement choqué et exceptionnellement sincère dans son discours à la mutualité (dans le cadre de la campagne électorale de Ségolène ROYAL) peu après son retour de la frontière soudano-tchadienne. Darfour : région de l’Ouest du Soudan, de la superficie de la France. Darfour : 300 000 morts, 2 millions de déplacés, 230 000 réfugiés au Tchad. Darfour : meurtres, viols, sous-nutrition, maladie, faible niveau de développement, reconnu terre de génocide par les USA depuis septembre 2004. Après une longue domination égyptienne puis britannique, à peine sorti de la 2nde guerre civile ayant fait 2 millions de morts de 1983 à 2003, le Soudan est à nouveau en crise. Quels en sont les enjeux, les acteurs, les effets ?
Les enjeux sont complexes. D’une part il y a une querelle évidente à propos du partage des ressources dans cette région où la terre est importante et l’eau et le bétail sont rares. La découverte de pétrole dans les années 80 est aussi au centre des querelles. En effet, le gouvernement soudanais a une politique de forte centralisation : il prend les ressources périphériques pour subvenir aux besoins de Khartoum (capitale du Soudan) en laissant à l’abandon les régions excentrées en conditions socio-économiques défavorables. Il s’est alors monté deux groupes armés rebels : l’Armée de Libération Soudanaise qui prend ses origines dans le parti de l’Umma et le Parti Communiste (cf journal « L’Humanité du 06 / 07 / 06), et le Mouvement pour le Justice et l’Egalité, ayant tout deux pour but avoué la mise en place la démocratie au Soudan. D’autre part, pour certains se rajouterait un conflit entre les arabes musulmans de l’Est (région de Khartoum) et les noirs musulmans de l’Ouest (région du Darfour) ou non musulmans du Sud-Soudan. Cette thèse est appuyée par le fait qu’en fin 2003, cent onze représentants du Parti du Congrès National, parti au pouvoir, ont élevé la voix pour proclamer leur inquiétude face à la manipulation des institutions par un groupe des membres du parti afin d’atteindre les objectifs d’une organisation raciste combattant pour la division du Darfour.
« Il ne faut pas que la complexité des choses cache l’essentiel des responsabilités » assure Laurent FABIUS. La liste est longue mais le 1er responsable est le gouvernement soudanais, à travers le président Béchir, reçu récemment en visite amicale par le président Chirac et son 1er ministre. Pourquoi l’imputabilité de ce gouvernement minoritaire issu d’un coup d’état fait elle l’unanimité dans les responsabilités des massacres du Darfour ? Il a été observé une forte coordination entre les attaques de l’armée gouvernementale et celles des milices Janjawids (traduction littérale de « cavalier diabolique »), complicité avouée lors de l’interview à la BBC d’un milicien réfugié en Grande-Bretagne après avoir déserté, interview reprise dans le Journal de 20h du 26 / 03 / 06 sur France 2. En effet, le gouvernement assurerait un soutien matériel et financier à ces milices afin qu’elles massacrent les populations civiles soutenant potentiellement les groupes armés rebels rendant difficile la subsistance de ces derniers, pendant que l’armée gouvernementale traque ces troupes rebelles. Cette coordination est renforcée par le fait que ces milices Janjawids sont dirigées par Choukratalla, un ancien officier de l’armée soudanaise.
Les conséquences humaines sont simples : 300 000 morts, 2 millions de déplacés, 230 000 réfugiés au Tchad, meurtres, viols, sous-nutrition, maladies, crimes de guerre, crime contre l’humanité. Face à cette situation de nombreux groupes humanitaires ont investi le Soudan : Médecins du Monde, Médecins Sans Frontières, Action Contre la Faim, la Croix Rouge Internationale (surtout locale à vrai dire), etc… Mais l’insécurité qui règne dans le pays, y compris dans les camps de réfugiés, rend l’action des ONG extrêmement difficile dès le début du conflit, et la situation s’aggrave de jour en jour. On assiste à un repliement géographique des ONG : ACF a reculé suite à une attaque violente, MDM s’est totalement retiré. On estime à 2,5 millions le nombre de personnes qui échappent à l’assistance humanitaire indispensable. En fait, la majorité de l’aide internationale est pillée et détournée par les milices gouvernementales : elles achèvent la population que les massacres n’ont pas éliminé. Il me semble important de noter que le ministre de l’action humanitaire soudanaise n’est autre que l’ancien pro-consul chargé de l’armement des milices Janjawids. Jacky MAMOU, président d’Urgence-Darfour, ancien président de MDM, déclare : « A un moment donné il faut sortir de l’humanitarisme, sortir de la compassion, et avoir une démarche politique ».
Il est maintenant urgent de se mobiliser contre la démission de la communauté internationale rappelant le génocide au Rwanda de 1993. L’ONU a déjà voté plusieurs résolutions dont la responsabilité de la mise en place a été confiée aux forces armées de l’Union Africaine. Devant l’inefficacité de ces contraintes, l’ONU a voté le 16 mai 2006 la résolution 1679 sous l’égide du chapitre 7 de la charte, c'est-à-dire le déploiement des forces d’intervention militaire internationale au Soudan sous condition d’acceptation par le gouvernement soudanais. La réponse de ce dernier ordonnant dès le 5 juin suivant l’arrêt immédiat des opérations de l’ONU au Darfour n’est pas surprenante. En ce qui concerne la France, le 1er ministre s’est récemment prononcé, lors d’un conseil des ministres des affaires étrangères, opposé à des sanctions contre le Soudan et rejette le vote par la commission de sécurité des nations unies d’une résolution plus contraignante (contredit une semaine plus tard par le président Chirac au discours de la mutualité du 20 mars 2006). Pourquoi en tant que citoyens français nous devons nous mobiliser ? Pour trois raisons : la France est membre permanent du conseil de sécurité, la France est une puissance militaire, notamment dans cette région du monde où nos troupes armées sont présentes dans les pays voisins du Soudan tels que le Tchad (où elles sécurisent la politique chiraquienne françafricaine par le maintien au pouvoir d’un président contesté par le peuple) ou la Centrafrique, et enfin, la France est un des poids lourds de l’Union Européenne.
Comment Ségolène ROYAL voit l’action de la France dans cette crise ? La candidate s’engage à rétablir la sécurité au Darfour, et dans un 1er temps dans les camps de réfugiés en attendant des conditions favorables pour la justice internationale (dont les enquêteurs sont interdits sur le sol soudanais). Elle propose ainsi plusieurs mesures : l’envoi des casques bleus malgré le refus de Khartoum, interdire les survols du Soudan, supprimer les importations / exportations et toute relation commerciale avec les pouvoirs publics et le gouvernement de Khartoum, y compris le gel des investissements dans le secteur pétrolier soudanais. Elle propose également de refuser les visas pour les responsables des massacres et de mettre en place un corridor humanitaire militairement sécurisé. Il est à noter la difficulté possible d’aller à l’encontre du droit d’ingérence étant donné les liens entre la Chine, membre permanent du conseil de sécurité, et le Soudan. En effet, la Chine récolterait 2/3 des productions pétrolières soudanaises et les armes gouvernementales et miliciennes seraient fabriquées dans des usines chinoises. Dans ce cadre, la candidate socialiste propose un certain nombre de mesure et évoque un possible appel au boycott des jeux olympiques de Pékin 2008. Ces mesures ne résoudront pas les problèmes de démocratisation du Soudan à long terme mais permettront dans un premier temps l’arrêt des massacres et favoriseront la reprise des négociations pour un accord de paix.
Venez débattre, donner vos opinions et vos sensations à propos de la crise du Darfour sur le nouveau forum du Mouvement des Jeunes Socialistes d’Indre et Loire : http://mjs37.exprimetoi.net
PS : J’ai écrit cet article bien évidemment par intéressement à la situation humanitaire au Darfour, mais également en réaction face aux media. En effet, autant le Tsunami de Décembre 2004 a montré au monde l’extraordinaire capacité de mobilisation des medias, autant la crise du Darfour, la famine au Niger ou encore les tremblements de terre pakistanais ont dévoilé l’extraordinaire capacité de négligence des medias. Aujourd’hui, pour qu’un phénomène attire les médias il doit remplir un certain nombre de conditions : être la cause d’un grand nombre de morts, toucher une population de même type que celle qui constitue l’audience (région touristique par exemple), être responsable d’une souffrance chez les enfants les plus jeunes possibles, donner la possibilité de rapporter des images spectaculaires et des témoignages empoignants, avoir une implication dans la politique étrangère, économique et stratégique pour le pays du media, être un phénomène très simple, tant à expliquer qu’à comprendre. Le Darfour ne correspond qu’à très peu de critères ce qui expliquent le faible temps de parole. Le journalisme d’aujourd’hui, notamment suite à la réduction du temps accordé à l’international du fait que la population cible se sent moins concernée, est un journalisme réducteur. Ainsi, on décrit les crises, quand elles sont sélectionnées par les rédactions, sans les expliquer et sans les replacer dans le contexte ni analyser les causes et leurs conséquences à long terme. Par exemple, on couvrira une famine en switchant les problèmes de malnutrition et d’agriculture. Bref, on arrive à la mise en place d’une routine journalistique universelle basée sur la nouveauté, son caractère brutal et la compassion. Autant les medias ont la responsabilité d’informer, autant devrait s’installer dans l’éthique journalistique du nouveau millénaire une responsabilité de protéger : anticiper, prévenir et investir dans des enquêtes à long terme afin de ne pas pratiquer l’indifférence, volontaire ou non, face à des génocides. J’ai essayé dans cet article d’expliquer les causes, les acteurs, les enjeux, et les mesures concrètes d’une candidate aux élections présidentielles, ce qui pour moi devrait être le rôle des medias.
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