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Dimanche 17 juin 2007 7 17 06 2007 00:42

 

La semaine dernière, lors de la première visite d'un président des Etats-Unis en Albanie, le président Bush a catégoriquement soutenu le plan du médiateur de l'ONU au Kosovo, Martti Ahtisari, ex président de la République Finlandaise, évoquant l'indépendance du Kosovo. Lors d'une conférence de Presse à Tirana en présence du 1er ministre albanais Sali Berisha, le président américain a déclaré : « la question est de savoir si nous aurons un dialogue sans fin sur quelque chose à propos de quoi nous avons déjà pris une décision : nous pensons que le Kosovo doit être indépendant ». En effet, c'est cette année que les Nations Unies doivent décider du statut de la province en travaillant sur une résolution ralliant les différents acteurs : d'une part les USA, l'UE et l'Albanie souhaitant l'indépendance, d'autre part les Russes et les serbes (de Serbie et du Kosovo) souhaitant une domination serbe. Ce qui n'est pas une tâche des plus faciles en pleine crise américano-russe sur le projet américain de bouclier anti-missile. Afin de bien comprendre les enjeux et les conséquences de cette indépendance, il me semble indispensable de replacer le Kosovo dans le contexte historique, d'une part des Balkans et d'autre part plus précisément sur la province elle-même.

 

Depuis la chute de l'empire romain, la  région des Balkans est soumise à une instabilité politique majeure. En effet elle a du subir nombres de vagues successives de dominations bulgares, austro-hongroises, ottomanes, serbes ou encore albanaises. A chaque période de domination correspond une répression des minorités ethniques. A la chute de l'empire ottoman, c'est-à-dire à la sortie de la 1ère guerre mondiale, la région est placée sous protectorat austro-bulgare puis l'on assiste à la création du royaume des serbes, croates et slovènes de 1919 devenu plus tard le royaume fédéral de Yougoslavie, qui regroupe les royaumes serbe (Belgrade), croate (Zagreb), slovène (Ljubljana), du Monténégro (Podgorica), de la Voïvodine, de la Bosnie-et-Herzégovine (Sarajevo) et de la Macédoine (Skopje). Après la 2nde guerre mondiale, la résistance anti-nazi se forme autours du communiste croate Tito qui renverse la monarchie et supprime les serbes accusés de collaboration avec les forces de l'axe. Alors que l'économie de la fédération est mal en point, la sortie du communisme avec la mort de Tito en 1980 accentue la tendance. S'en suivent alors des résurgences nationalistes des différentes républiques et notamment celles du nord, les plus aisées, c'est-à-dire la Croatie et la Slovénie, qui acceptent mal la redistribution des richesses entre les différents états fédérés. Les tensions diplomatiques aboutissent au printemps 1991 à des affrontements entre les serbes présidés par Slobodan Milošević depuis 1989 et les milices croates et slovènes. Ainsi, le 25 juin 1991, les deux républiques dissidentes déclarent leur indépendance, reconnue un peu plus tard par la commission Badinter et donc l'Union Européenne, induisant de ce fait la dissolution officielle de la Yougoslavie. S'ensuit dès 1992 la guerre de Bosnie avec au mois d'avril de la même année le siège de Sarajevo ou encore le massacre de Srebrenica de juillet 1995 par les serbes de Bosnie nécessitant en plus des casques bleus l'intervention des forces de l'OTAN. Celle-ci prendra fin avec les accords de Dayton du 21 décembre 1995 qui transforme la Bosnie-et-Herzégovine en une confédération de deux états : la fédération croato-bosniaque et la république serbe de Bosnie. Ces conflits ayant captivé l'attention de la communauté internationale, le Kosovo a été à cette époque largement oubli.


Le Kosovo, province serbe coincée entre la Serbie, l'Albanie, la Macédoine et le Monténégro, a donc subi comme toute la région des Balkans ces vagues de répressions et d'islamisations multiples, entraînant des migrations vers le nord expliquant la forte concentration des serbes au nord de la province majoritairement peuplée d'albanais. A la sortie de la 2nde guerre mondiale, Tito donne l'autonomie au Kosovo, formalisée en 1974 par la constitution fédérale de Yougoslavie, mais de nombreuses persécutions envers les albanais persistent par le biais du 1er ministre entraînant la fuite de ces derniers vers la Turquie. Slobodan Milošević supplante Ivan Stambolić à la tête de la Ligue des Communistes de Serbie puis met en œuvre un plan de détournement des institutions fédérales à son profit, qui passe d'abord par une série de coups d'état et de coups de force dans les provinces autonomes et républiques liées à la Serbie : "Révolution des yaourts" en 1988 en Voïvodine, "Révolution anti-bureaucratique" au Monténégro en janvier 1989, suppression de l'autonomie constitutionnelle du Kosovo en mars 1989 confirmée par la constitution serbe de 1990 puis dissolution du gouvernement et du parlement du Kosovo. C'est pourquoi des chefs politiques albanais déclarent l'indépendance du Kosovo en octobre 1991, mais la commission Badinter trop occupée par la guerre de Bosnie refuse d'examiner la demande du Kosovo et sous pression russe et française cède le Kosovo à la Serbie de Milošević. Par conséquent, Ibrahim Rugova, étudiant kosovar à la Sorbonne surnommé le Ghandi des Balkans, met sur place une société parallèle avec ses propres systèmes de soins, d'éducation et devient démocratiquement président de cette république clandestine. En 1997 les FARK (Forces Armées de la République du Kosovo) et l'UCK (Ushtria Çlirimtare e Kosovës, Armée de libération du Kosovo) frustrés par la stratégie de résistance pacifiste de Rugova entament une guérilla terroriste contre l'armée et la police serbe entraînant une réponse serbe sous forme de massacre des familles de guérilléros présumés en mars 1998. Ces massacres entraînent alors une insurrection albanaise massive qui permet à Milosevic sous couleur de contre terrorisme de chasser 1 millions d'albanais vers les pays voisins et d'en assassiner 10 milliers. Craignant une extension du conflit, les Nations Unies réagissent et procèdent à des frappes aériennes de l'OTAN sur la Serbie du 24 mars 1999 jusqu'au retrait de Milosevic du Kosovo le 10 juin 1999. Ce même jour la résolution 1244 du conseil de sécurité place le Kosovo resté serbe sous administration de l'ONU (MINUK) et les accords de Kumanovo confèrent la protection de la province à une force de l'OTAN (KFOR).


Huit ans après, où en sommes nous ? Le défi était grand : réinstaurer un climat de paix et de sécurité, reconstruire une zone désertifiée… Le bilan est petit : malgré un parlement élu au suffrage universel, le statut final du Kosovo restant indéterminé la province est politiquement paralysée. Il en découle une situation sociale tendue : une société qui n'a rien de multiethnique, faillite de la justice, situation économique désastreuse (le chômage touchant plus de la moitié de la population active). L'administrateur Michael Steiner a fixé en 2003 huit critères (droit au retour des déplacés et des réfugiés, liberté de circulation pour tous les habitants du Kosovo…) que le Kosovo devait atteindre avant d'engager des négociations sur ce statut final. Bien qu'ils n'aient pas été atteints, les émeutes de mars 2004 et la crainte d'actions violentes extrémistes ont poussé l'ONU à mandater le 2 novembre 2005 Martti Ahtisaari, ex-président finlandais, pour mener des négociations entre gouvernements serbe et kosovar devant aboutir à un compromis. Après le décès de Rugova, des négociations sont ouvertes en mars 2006 à Vienne. Cependant, ces « négociations » ont consisté en l'expression des attentes respectives des deux partis sans réels échanges. De plus, le document rédigé par Martti Ahtisaari n'a rien d'un compromis : en effet, il ne prend pas en compte les attentes du gouvernement serbe. En même temps, une constitution approuvée par le référendum du 28 octobre 2006 inclue le Kosovo (et la Voïvodine) dans la Serbie. Le 26 mars 2007, le diplomate des Nations Unies soumet ses propositions au Conseil de Sécurité, document engageant le Kosovo vers la voie de l'indépendance souhaitée par les kosovars, les albanais et les pays occidentaux.


Quels en sont les enjeux ? D'une part, pour les plus terre à terre, le projet d'un oléoduc reliant la mer noire à l'Albanie serait l'enjeu primordial, certains allant jusqu'à dire que la planification de sa construction rendait la guerre du Kosovo inévitable, expliquant l'engouement de la communauté internationale pour s'implanter dans cette province en 1999 pourtant délaissée depuis 1991. Un argument en faveur étant la construction d'une immense base américaine définitive sur place. D'autre part, le Kosovo est considéré comme le berceau de la nation serbe. En effet, le 28 juin 1389 la bataille de Kosovo Polje opposant serbes, bosniaques, albanais et bulgares face à l'empire ottoman a donné naissance à de nombreux mythes. Ainsi les serbes commémorent cette date sous le nom de Vivovdan, date clé de l'histoire des Balkans puisqu'elle correspond également à l'attentat de Sarajevo (28 juin 1914), au traité de Versailles (1919), à la 1ère constitution yougoslave (1921), à la rupture de Tito avec Staline (1948), au voyage de Mitterrand à Sarajevo (1992) et enfin au transfert de Milosevic au tribunal international de La Hayes (2001). Le Kosovo, siège de l'Eglise orthodoxe serbe possède également nombreux monastères et monuments historiques importants aux yeux des serbes et de la communauté internationale.


Personne ne peut idéologiquement renier l'indépendance du Kosovo au regard de la situation exceptionnelle de cette province, notamment du point de vue historique. Cependant on peut craindre un certain nombre de complications aux échelles régionales, internationales. Au niveau régional, cette indépendance s'accompagne d'une décentralisation donnant plus d'autonomie aux serbes du Kosovo. On peut alors craindre de fortes tensions dans plusieurs secteurs kosovars : la région du Kosovo située au nord de la rivière Ibar où la population majoritairement serbe pourrait proclamée sa sécession du Kosovo entraînant vraisemblablement des tensions potentiellement mortelles pour les serbes résidant au Sud de cette frontière naturelle, ou encore des tensions dans la région de Gjilan à l'Est (ville albanaise encerclée de villages serbes). De plus, cette indépendance pourrait déstabiliser la région : la république des serbes de Bosnie pourrait prétendre également à l'indépendance ; les relations Kosovo / Albanie serait privilégiée malgré l'interdiction par le document de Martti Ahtisaari au Kosovo de s'unir avec l'un de ses voisins ; quelle sera la force d'attraction sur les albanais de Macédoine (1/4 de la population macédonienne) ? quel avenir pour la vallée de Presevo au sud de la Serbie appelée le Kosovo oriental où vivent plusieurs dizaines de milliers d'Albanais ? On peut aussi craindre des complications à l'échelle internationale notamment au sein de l'Union Européenne : on peut regrouper ces arguments en écoutant la position russe anti-indépendantiste de Vladimir Poutine qui au nom de la fraternité slave / orthodoxe russo-serbe engage un bras de fer avec les pays occidentaux espérant ainsi reconquérir une place sur la scène internationale. Le président russe assure qu'il n'hésitera pas à utiliser son droit de veto. Ainsi il prétend que la violation du principe d'intégrité territoriale des états souverains (acte d'Helsinki) devra subir le principe d'universalité et être applicable aux multiples provinces sécessionnistes d'Europe : le pays basque et la catalogne espagnols, la minorité hongroise transylvanienne de la Roumanie, mais aussi la Transnistrie (province moldave proche de l'Ukraine) ou encore l'Ossétie du Sud et l'Abkhazie (Géorgie). On peut aussi craindre des complications liées à une indépendance que très relative. En effet, celle-ci sera limitée par une lourde tutelle internationale de durée indéterminée, fortement ressemblante à celle imposée depuis la fin de la guerre de 1999 avec les résultats décrits précédemment. Les représentants internationaux auraient la possibilité de casser des lois votées par le parlement ou de destituer des responsables politiques bien que ces mesures déjà appliquées en Bosni-et-Herzégovine aient confiné les politiciens locaux dans l'irresponsabilité et la surenchère, apporté une gestion opaque de l'argent et importé la corruption. La réflexion de Jean Arnault Dérens (journaliste au Monde Diplomatique) à ce propos est la suivante : « Il n'y a pas de démocratie sans responsabilité des représentants politiques qui doivent assumer pleinement leurs actes et leurs conséquences ». On peut ici parler, à juste titre me semble-t-il, de néocolonialisme.


En conclusion, l'élan idéologique d'accession à l'indépendance du Kosovo ouvre la porte à de nouvelles contraintes géopolitiques auxquelles devront faire face les Nations Unies, ses diplomates et très vraisemblablement ses casques bleus et l'OTAN. Du point de vue européen et américain cette indépendance est le statut de référence, mais l'impasse dans laquelle les négociations sont plongées impose une décision finale prise par le Conseil de Sécurité, mise en difficulté par le droit de veto russe. Milosevic ayant manipulé le sort de cette province pour son ascension politique dans les années 1980, il est courant d'entendre que « L'éclatement de la Yougoslavie a commencé au Kosovo et se terminera au Kosovo ». Cependant, comme il a été décrit précédemment, cette indépendance n'est pas certaine de résoudre les divisions ethniques de la région. Jean Arnault Dérens est catégorique : « en absence de véritable stratégie de développement économique du Kosovo liée à une perspective crédible d'intégration européenne, le Kosovo risque fort de rester longtemps encore un baril de poudre ». De plus, qui règlera les frais d'opérations militaires, de programmes de reconstructions et de missions humanitaires sans fin ? L'Union Européenne. Il est ainsi aisé à comprendre que l'obtention à terme de l'indépendance du Kosovo nécessite un remodeling complet de la politique internationale dans la région des Balkans : une politique tournée vers l'avenir, plus efficace, voir plus rentable pour l'Union européenne, couplant politique et économie.


Par Olivier GUILLARD - Publié dans : Actualité et Politique
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Mardi 29 mai 2007 2 29 05 2007 23:39



A l’heure où le gouvernement américain renforce les sanctions contre Khartoum, on peut craindre que Bush reprenne une initiative ressemblante à l’intervention américaine au sein de l’Irak. A propos du Darfour, le président américain a déclaré ce jour que "Les hommes et les femmes du Darfour ont trop longtemps subi les souffrances infligées par un gouvernement complice du bombardement, de l'assassinat et du viol de civils innocents. Mon administration a appelé ces agissements par leur nom: génocide. Le monde a la responsabilité d'aider à y mettre fin. Je fais cette promesse aux gens du Darfour: les Etats-Unis ne détourneront pas les yeux d'une crise qui représente un défi pour la conscience de la communauté internationale.". Aujourd’hui je me remémore les faits de 2003. Cette année là j’étais convaincu que déclarer la guerre était une mauvaise chose et je félicitais même le président Chirac d’avoir opposer son droit de veto. Il me semble intéressant de comprendre et ne pas refaire les erreurs de 2003.

 

Tout d’abord, a posteriori, il faut bien se rendre compte que cette guerre était inévitable ; la preuve en est que le 1er mai 2003 les USA ont initié le conflit armé. Il y a alors une question à se poser : vaut-il mieux un conflit légitime géré par l’Organisation des Nation Unies ou une guerre dont les enjeux et les attentes des belligérants restent vagues ? Comparons deux conflits récents dont les arguments principaux annoncés étaient humanitaires et relativement similaires (« génocide », massacres, viol des droits de l’homme, etc…) : l’Irak et le Kosovo. En Irak, les USA ont dirigé la guerre, le pays est aujourd’hui dans une impasse à la fois humanitaire, sociale et politique. En parallèle, au Kosovo, où les casques bleus ont été investis de rétablir un état de droit, la province est désormais exempte de violence physique. Le bilan de la guerre en Irak est négatif, on ne peut pas en douter, mais quel aurait-il été si l’ONU en avait pris la responsabilité ? La présence de la communauté internationale plutôt que celles des USA aurait certainement moins été interprétée comme une « invasion ». D’un point de vue idéologique d’une part, et donc pratique d’autre part, il me parait évident que l’ONU aurait du gérer cette crise inévitable.

 

Ensuite, un argument plus théorique me tient à cœur. Personne jusqu’ici n’a nié l’existence du génocide perpétuel sur le territoire irakien. Sur les enjeux politiques, militaires, anti-terroristes, économiques (religieux et « familiaux » concernant directement les présidents Bush), il me semble raisonnable de dire que la décision d’un conflit pouvait attendre la fin de la mission des inspecteurs de l’ONU (une absence de conflit aurait été encore mieux). Mais sur le plan humanitaire nous devons confronter deux éthiques : l’une, celle de l’ONU prétendant que la communauté internationale ne peut intervenir à l’encontre de l’autonomie et l’indépendance d’un état ; l’autre estimant qu’éviter le massacre d’une population ou d’un seul homme est ce que l’on peut faire de mieux actuellement dans l’histoire internationale. Personnellement mon choix est fait. Même si l’ONU prend son temps pour y réfléchir on voit bien qu’elle aspire à la seconde : Sarajevo, Macédoine, Kosovo… Un fait marquant ne doit et ne peut pas passer inaperçu : au jour d’aujourd’hui, il y a moins de morts sur le territoire irakien qu’il n’y en avait avant cette guerre en Irak !!! L’éthique est une bonne chose, mais qu’en pensent les milliers d’Irakien ou Soudanais massacrés ?

 

Ainsi, en cette période où l’on reproche à B. Kouchner d’intégrer un gouvernement UMP, je me rabats, 4 ans plus tard, sur sa ligne initiale : la gestion de ce conflit inévitable et humainement indispensable devait dépendre de l’autorité de l’ONU dans un 1er temps, puis en cas d’échec, des forces de l’OTAN, remémorant le schéma tactique de la guerre de Bosnie (1992 / 1995). Ainsi, au regard de l’actualité outre-atlantique concernant la crise du Darfour, il me semble nécessaire d’interpeller la communauté internationale afin de ne pas reproduire les erreurs théoriques et pratiques de 2003.


 


 

Par Olivier GUILLARD - Publié dans : Humanitaire
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Dimanche 6 mai 2007 7 06 05 2007 18:53

Les media français nous parle succinctement depuis lundi dernier de répression policière en Turquie sur fond d’élections présidentielles… Que se passe-t-il réellement à Istanbul et en quoi nous, français et européens, devons nous nous y intéresser fortement ?

 

En réalité, le point central des évènements actuels est la laïcité, c’est pourquoi je propose de revenir dessus. La Turquie fait parti des rares républiques démocratiques laïques et elle est le seul pays musulman laïc. A la sortie de la 1ère guerre mondiale, l’empire ottoman est divisé et placé sous tutelle de plusieurs nations dont la France et le Royaume-Uni. Une guerre d’indépendance débutée dès 1920 aboutit à la création le 29 octobre 1923 de la république turque dont le 1er président est Mustafa Kemal Atatürk. Il énonce les six principes fondateurs : « L’Etat turc est républicain, nationaliste, populiste, étatiste, laïque et réformateur ». Il en découle notamment le droit de vote des femmes accordé dès 1934 (il a fallu attendre 1945 en France) ou l’interdiction du port du voile dans les administrations et les écoles publiques (gratuites et obligatoires). Cependant la conception de la laïcité y est différente qu’en France : en effet, il n’y a pas de séparation stricte entre l’état et la religion. Il s’agit en fait d’une main mise de l’état sur la religion qui permet d’empêcher tout dérapage en minimisant le pouvoir de la religion musulmane en Turquie. Ainsi la liberté de culte est assurée par une surveillance du financement de l’islam : le ministère du culte et des financements limite le pouvoir de l’islam en contrôlant la construction des mosquées, des écoles coraniques, etc… A la mort d’Atatürk (1938), l’armée est désignée garante de la laïcité et respecte ses devoirs en réalisant 3 coups d’état en 1960, 1971 et 1980 et en chassant un gouvernement islamiste en 1997.

 

Dimanche 29 avril, veille du 1er tour des présidentielles turques, en protestation à la « dérive islamiste » du gouvernement d’Erdogan, 1er ministre et responsable du « parti islamiste » (AKP) qui n’est en fait qu’un parti démocratique islamique modéré ayant pour objectif de redonner de l’importance aux traditions et à la religion musulmane, plus d’un million de turcs descendent dans les rues d’Istanbul et réalisent un cortège de 4 km de long, déploient des drapeaux turcs gigantesques, des portraits d’Atatürk, et scandent des slogans en faveur de la laïcité. Le 30 avril, le parlement turc vote avec 361 voix sur 550 en faveur d’Abdullah Gül, candidat unique, actuel ministre des affaires étrangères et membre du de l’AKP. Ainsi, mardi 1er mai, après que le chef d’état major de l’armée ait rappelé au gouvernement par le « mémorandum de minuit  » que s’il ne défendait pas les principes laïques l’armée était prête à agir, les partisans de la laïcité décident d’aller manifester place Taksim, lieu historique où les regroupements sont interdits (c’est sur cette place que le 1er mai 1977 des terroristes d’extrême droite ont tiré sur des militants de la gauche turque). Il est alors observé une violente répression policière par vague successives de charges à coups de matraques et de canons à eau. Le 1er tour est annulé par le conseil constitutionnel.



 

Il me semble alors nécessaire d’expliquer 2 choses : la 1ère est le fonctionnement des institutions turques qui va expliquer simplement comment les députés partisans de la laïcité ont réussi démocratiquement et constitutionnellement à annuler le 1er tour ; la 2nde est expliquer en quoi nous, français et européens, devons apporter de l’importance aux évènements actuels.

 

La constitution de 1982 désigne la Turquie comme étant une république parlementaire : c’est le parlement qui élit le président pour 7 ans. Ainsi il n’y a pas de suffrage universel. Pour valider cette élection, plus de 367 députés doivent voter au 2/3 en faveur du même candidat. Dans le cas contraire, des élections anticipées sont organisées pour que la population élise un nouveau parlement. Ce parlement est renouvelé tous les 5 ans à la proportionnelle après avoir éliminé les petits partis réalisant un score inférieur à 10% au niveau national (parti d’extrême droite, parti kurde). Le président élu désigne alors au sein des députés un 1er ministre chargé de proposer un gouvernement qui devra être accepté par la majorité des députés. Ainsi, si un parti possède plus de 275 sièges, sa proposition de gouvernement sera acceptée. En revanche, s’il n’a pas la majorité au parlement, il sera obligé de réaliser une coalition pour que sa proposition soit adoptée. Grâce à une manœuvre politique, lundi dernier Abdullah Gül n’a réalisé que 361 voix sur les 367 requises, c’est pourquoi les opposants à l’AKP ont invoqué le droit constitutionnel pour annuler le 1er tour et mettre en place des élections parlementaires d’ici 2 mois. En effet, l’AKP possède 355 sièges au parlement, c'est-à-dire assez pour être majoritaire mais trop peu pour avoir à lui seul les 367 voix requises pour élire le président. C’est pourquoi les partis pro-laïcité sûrs de perdre s’ils présentaient un candidat ont décidé de ne proposer aucun candidat et de boycotter ces élections en protestation face à l’islamisation et ainsi invalider ces élections.

 

Il me faut maintenant expliquer en quoi il est important pour nous européens de s’intéresser à la Turquie. En plus d’être membre fondateur de l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE), cet état a « vocation à entrer dans l’Union Européenne » depuis 1999 et le sommet d’Helsinki, c'est-à-dire qu’après des négociations plus ou moins longues (débutées le 3 octobre 2005), la Turquie est sûre d’intégrer un jour l’UE ; d’autant plus que depuis le 31 décembre 1995 elle participe à l’union douanière, c'est-à-dire le libre échange des biens et des tarifs extérieurs communs à l’UE fixes. Il me semble intéressant de rappeler en quoi j’estime qu’il faut être favorable à cette entrée dans l’UE. En plus bien évidemment de l’expérience humaine et culturelle, il faut bien comprendre que la Turquie possède une force géopolitique stratégique majeure qui devrait intéresser même les plus réticents. Elle représente la jonction entre l’UE et l’Orient et la jonction transitionnelle entre les pays à tradition judéo-chrétienne et les pays musulmans. Elle est également intéressante par ses ressources directes et indirectes. En effet, elle accueille l’oléoduc conjointement avec l’Azerbaïdjan et la Géorgie qui transporte le pétrole de la mer caspienne vers l’UE en contournent la Russie et l’Iran. De plus, les pays du Moyen Orient se forcent à avoir de bonnes relations avec la Turquie de par sa frontière commune avec l’UE mais aussi de par sa richesse en eau. Par exemple, la Turquie coopère avec Israël non seulement en échangeant 50 millions de m3 d’eau douce contre 1 milliard d’euro par an depuis 1996 mais aussi au niveau essais et entraînements militaires (l’armée turque est l’une des plus puissantes au monde, alliée privilégiée avec Israël donc et les Etats-Unis, excepté lors de la guerre en Irak). Il ne faut pas oublier non plus qu’elle est un des berceaux du christianisme et a de nombreux points communs culturels avec l’Europe : Empire romain, Byzance / Constantinople / Istanbul, et que par l’occupation de l’Europe centrale pendant 4 siècles 40% de la population turque a une origine européenne. A noter que la peine de mort est officiellement totalement abolie depuis 2004 (sachant que la dernière exécution remonte à 1984).

 

En conclusion, je ne peux que rappeler l’importance des évènements actuels en Turquie, non seulement pour nous européens mais surtout pour les habitants de ce pays que tous les partis de la gauche française (excepté Laurent FABIUS) et Jacques CHIRAC souhaitent voir rejoindre l’Union Européenne. Il me semble que c’est un symbole fort non seulement de la dignité du peuple turc mais également de l’attachement de ce dernier à la culture et la tradition politique européenne. Affaire à suivre...

Par Olivier GUILLARD - Publié dans : Promotion de la santé
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Vendredi 27 avril 2007 5 27 04 2007 14:42
 

« C’est le résumé le plus court et le plus juste » d’après Laurent FABIUS, visiblement choqué et exceptionnellement sincère dans son discours à la mutualité (dans le cadre de la campagne électorale de Ségolène ROYAL) peu après son retour de la frontière soudano-tchadienne. Darfour : région de l’Ouest du Soudan, de la superficie de la France. Darfour : 300 000 morts, 2 millions de déplacés, 230 000 réfugiés au Tchad. Darfour : meurtres, viols, sous-nutrition, maladie, faible niveau de développement, reconnu terre de génocide par les USA depuis septembre 2004. Après une longue domination égyptienne puis britannique, à peine sorti de la 2nde guerre civile ayant fait 2 millions de morts de 1983 à 2003, le Soudan est à nouveau en crise. Quels en sont les enjeux, les acteurs, les effets ?

 

Les enjeux sont complexes. D’une part il y a une querelle évidente à propos du partage des ressources dans cette région où la terre est importante et l’eau et le bétail sont rares. La découverte de pétrole dans les années 80 est aussi au centre des querelles. En effet, le gouvernement soudanais a une politique de forte centralisation : il prend les ressources périphériques pour subvenir aux besoins de Khartoum (capitale du Soudan) en laissant à l’abandon les régions excentrées en conditions socio-économiques défavorables. Il s’est alors monté deux groupes armés rebels : l’Armée de Libération Soudanaise qui prend ses origines dans le parti de l’Umma et le Parti Communiste (cf journal « L’Humanité du 06 / 07 / 06), et le Mouvement pour le Justice et l’Egalité, ayant tout deux pour but avoué la mise en place la démocratie au Soudan. D’autre part, pour certains se rajouterait un conflit entre les arabes musulmans de l’Est (région de Khartoum) et les noirs musulmans de l’Ouest (région du Darfour) ou non musulmans du Sud-Soudan. Cette thèse est appuyée par le fait qu’en fin 2003, cent onze représentants du Parti du Congrès National, parti au pouvoir, ont élevé la voix pour proclamer leur inquiétude face à la manipulation des institutions par un groupe des membres du parti afin d’atteindre les objectifs d’une organisation raciste combattant pour la division du Darfour.

 

« Il ne faut pas que la complexité des choses cache l’essentiel des responsabilités » assure Laurent FABIUS. La liste est longue mais le 1er responsable est le gouvernement soudanais, à travers le président Béchir, reçu récemment en visite amicale par le président Chirac et son 1er ministre. Pourquoi l’imputabilité de ce gouvernement minoritaire issu d’un coup d’état fait elle l’unanimité  dans les responsabilités des massacres du Darfour ? Il a été observé une forte coordination entre les attaques de l’armée gouvernementale et celles des milices Janjawids (traduction littérale de « cavalier diabolique »), complicité avouée lors de l’interview à la BBC d’un milicien réfugié en Grande-Bretagne après avoir déserté, interview reprise dans le Journal de 20h du 26 / 03 / 06 sur France 2. En effet, le gouvernement assurerait un soutien matériel et financier à ces milices afin qu’elles massacrent les populations civiles soutenant potentiellement les groupes armés rebels rendant difficile la subsistance de ces derniers, pendant que l’armée gouvernementale traque ces troupes rebelles. Cette coordination est renforcée par le fait que ces milices Janjawids sont dirigées par Choukratalla, un ancien officier de l’armée soudanaise.

 

Les conséquences humaines sont simples : 300 000 morts, 2 millions de déplacés, 230 000 réfugiés au Tchad, meurtres, viols, sous-nutrition, maladies, crimes de guerre, crime contre l’humanité. Face à cette situation de nombreux groupes humanitaires ont investi le Soudan : Médecins du Monde, Médecins Sans Frontières, Action Contre la Faim, la Croix Rouge Internationale (surtout locale à vrai dire), etc… Mais l’insécurité qui règne dans le pays, y compris dans les camps de réfugiés, rend l’action des ONG extrêmement difficile dès le début du conflit, et la situation s’aggrave de jour en jour. On assiste à un repliement géographique des ONG : ACF a reculé suite à une attaque violente, MDM s’est totalement retiré. On estime à 2,5 millions le nombre de personnes qui échappent à l’assistance humanitaire indispensable. En fait, la majorité de l’aide internationale est pillée et détournée par les milices gouvernementales : elles achèvent la population que les massacres n’ont pas éliminé. Il me semble important de noter que le ministre de l’action humanitaire soudanaise n’est autre que l’ancien pro-consul chargé de l’armement des milices Janjawids. Jacky MAMOU, président d’Urgence-Darfour, ancien président de MDM, déclare : « A un moment donné il faut sortir de l’humanitarisme, sortir de la compassion, et avoir une démarche politique ».

 

 


Il est maintenant urgent de se mobiliser contre la démission de la communauté internationale rappelant le génocide au Rwanda de 1993. L’ONU a déjà voté plusieurs résolutions dont la responsabilité de la mise en place a été confiée aux forces armées de l’Union Africaine. Devant l’inefficacité de ces contraintes,  l’ONU a voté le 16 mai 2006 la résolution 1679 sous l’égide du chapitre 7 de la charte, c'est-à-dire le déploiement des forces d’intervention militaire internationale au Soudan sous condition d’acceptation par le gouvernement soudanais. La réponse de ce dernier ordonnant dès le 5 juin suivant l’arrêt immédiat des opérations de l’ONU au Darfour n’est pas surprenante. En ce qui concerne la France, le 1er ministre s’est récemment prononcé, lors d’un conseil des ministres des affaires étrangères, opposé à des sanctions contre le Soudan et rejette le vote par la commission de sécurité des nations unies d’une résolution plus contraignante (contredit une semaine plus tard par le président Chirac au discours de la mutualité du 20 mars 2006). Pourquoi en tant que citoyens français nous devons nous mobiliser ? Pour trois raisons : la France est membre permanent du conseil de sécurité, la France est une puissance militaire, notamment dans cette région du monde où nos troupes armées sont présentes dans les pays voisins du Soudan tels que le Tchad (où elles sécurisent la politique chiraquienne françafricaine par le maintien au pouvoir d’un président contesté par le peuple) ou la Centrafrique, et enfin, la France est un des poids lourds de l’Union Européenne.

 

Comment Ségolène ROYAL voit l’action de la France dans cette crise ? La candidate s’engage à rétablir la sécurité au Darfour, et dans un 1er temps dans les camps de réfugiés en attendant des conditions favorables pour la justice internationale (dont les enquêteurs sont interdits sur le sol soudanais). Elle propose ainsi plusieurs mesures : l’envoi des casques bleus malgré le refus de Khartoum, interdire les survols du Soudan, supprimer les importations / exportations et toute relation commerciale avec les pouvoirs publics et le gouvernement de Khartoum, y compris le gel des investissements dans le secteur pétrolier soudanais. Elle propose également de refuser les visas pour les responsables des massacres et de mettre en place un corridor humanitaire militairement sécurisé. Il est à noter la difficulté possible d’aller à l’encontre du droit d’ingérence étant donné les liens entre la Chine, membre permanent du conseil de sécurité, et le Soudan. En effet, la Chine récolterait 2/3 des productions pétrolières soudanaises et les armes gouvernementales et miliciennes seraient fabriquées dans des usines chinoises. Dans ce cadre, la candidate socialiste propose un certain nombre de mesure et évoque un possible appel au boycott des jeux olympiques de Pékin 2008. Ces mesures ne résoudront pas les problèmes de démocratisation du Soudan à long terme mais permettront dans un premier temps l’arrêt des massacres et favoriseront la reprise des négociations pour un accord de paix.

 

Venez débattre, donner vos opinions et vos sensations à propos de la crise du Darfour sur le nouveau forum du Mouvement des Jeunes Socialistes d’Indre et Loire : http://mjs37.exprimetoi.net

 

PS : J’ai écrit cet article bien évidemment par intéressement à la situation humanitaire au Darfour, mais également en réaction face aux media. En effet, autant le Tsunami de Décembre 2004 a montré au monde l’extraordinaire capacité de mobilisation des medias, autant la crise du Darfour, la famine au Niger ou encore les tremblements de terre pakistanais ont dévoilé l’extraordinaire capacité de négligence des medias. Aujourd’hui, pour qu’un phénomène attire les médias il doit remplir un certain nombre de conditions : être la cause d’un grand nombre de morts, toucher une population de même type que celle qui constitue l’audience (région touristique par exemple), être responsable d’une souffrance chez les enfants les plus jeunes possibles, donner la possibilité de rapporter des images spectaculaires et des témoignages empoignants, avoir une implication dans la politique étrangère, économique et stratégique pour le pays du media, être un phénomène très simple, tant à expliquer qu’à comprendre. Le Darfour ne correspond qu’à très peu de critères ce qui expliquent le faible temps de parole. Le journalisme d’aujourd’hui, notamment suite à la réduction du temps accordé à l’international du fait que la population cible se sent moins concernée, est un journalisme réducteur. Ainsi, on décrit les crises, quand elles sont sélectionnées par les rédactions, sans les expliquer et sans les replacer dans le contexte ni analyser les causes et leurs conséquences à long terme. Par exemple, on couvrira une famine en switchant les problèmes de malnutrition et d’agriculture. Bref, on arrive à la mise en place d’une routine journalistique universelle basée sur la nouveauté, son caractère brutal et la compassion. Autant les medias ont la responsabilité d’informer, autant devrait s’installer dans l’éthique journalistique du nouveau millénaire une responsabilité de protéger : anticiper, prévenir et investir dans des enquêtes à long terme afin de ne pas pratiquer l’indifférence, volontaire ou non, face à des génocides. J’ai essayé dans cet article d’expliquer les causes, les acteurs, les enjeux, et les mesures concrètes d’une candidate aux élections présidentielles, ce qui pour moi devrait être le rôle des medias.

Par Olivier GUILLARD - Publié dans : Actualité et Politique
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Lundi 23 avril 2007 1 23 04 2007 11:31
Par Olivier GUILLARD - Publié dans : Promotion de la santé
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