Il y a aujourd’hui en France nécessité de repenser le système social de la petite enfance. En effet, même si les capacités d’accueil en crèche et école maternelle a doublé de 1975 à 1990, on assiste actuellement à la diminution du rythme de création des places, passant de 5000 par an en 1996 à 2000 en 2004 (Le monde diplomatique, novembre 2004). Ainsi, les places en crèches publiques deviennent « chères ». Or des gardes abordables et de bonne qualité ne contribuent pas seulement à instaurer un équilibre entre vie professionnelle et familiale, elles favorisent également le développement de l’enfant. Cette pénurie est issue d’une politique favorisant la garde privée à domicile et elle est telle que des groupes privés commencent à flairer la bonne affaire entraînant des inégalités autant économiques que géographiques (campagnes à l’abandon). Il y a ainsi 2 axes de réflexion à ouvrir : l’un sur la petite enfance et le travail parental, et le second sur le développement d’un service publique de la petite enfance.
Au R
oyaume-Uni, le rapport Beveridge de 1942, qui est à la base du système social de l’après-guerre, considère que les femmes peuvent travailler avant la naissance des enfants mais que leur responsabilité principale consiste ensuite à s’occuper de leur progéniture. En France, les conséquences d’une grossesse sur la carrière professionnelle sont flagrantes. D’une part le recours au temps partiel, plus subit que choisi, est important : quasi nul pour les femmes sans enfants, 25% des mères ayant 1 enfant, 50% des mères ayant au moins 3 enfants. Et d’autre part il existe une réelle ségrégation professionnelle : en effet, à profession égalitaire, il y a 20% de femmes pour 80% d’hommes (enquête Emploi 2001). On peut ainsi facilement démontrer que la participation des femmes au marché du travail dépend directement de leurs responsabilités familiales.
Pour l’éducation de bébé, l’état français a créé deux types d’ « assurance maternité ». Le premier repose sur les congés maternels : 112 à 168 jours de congés selon le nombre d’enfants, rémunérés à 100% du salaire avec un plafond ; ils sont exclusivement maternels mais un congé paternité de 11 jours a été instauré sur les mêmes bases depuis 2002. Le second est l’Allocation Parentale d’Education (APE), mis en place en 1984 par le gouvernement Fabius, ressemble à un salaire maternel pour les femmes ayant un troisième enfant, puis étendu aux familles de deux enfants dont l’un d’eux a moins de trois ans en 1994. Il résulte de ces deux « indemnités grossesse » une chute de l’activité maternelle qui montre l’incohérence avec la politique actuelle visant à accroître le taux d’activité notamment féminin (prime pour l’emploi et autres) : on favorise une présence maternelle au foyer, mais pas trop ! On peut d’ailleurs noter l’échec de la politique infantile puisque plus de 75% des jeunes mères se disent obligées de travailler pour élever ses enfants. Il a donc été mis en place des aides fiscales pour inciter la garde à domicile, coûtant très chère, qui comme toutes déductions fiscales favorisent les familles aisées : plus les revenus sont élevés, plus les réductions d’impôts sont importantes.
Il serait donc intéressant de mettre en place une politique cohérente dans un sens ou dans l’autre : une présence maternelle réelle et durable auprès de l’enfant suivie d’une facilité et une égalité d’accès aux établissements publics de la petite enfance à partir d’un an. Dans le modèle suédois, les congés maternels ont été remplacés depuis 1974 par des congés parentaux rémunérés. Ils permettent de remplir certains objectifs : soutien financier proportionnel au revenu (environ 80% du salaire), une garantie de retour à l’emploi par maintien de la validité du contrat de travail, une égalité des sexes dans la vie familiale et professionnelle, et surtout un ben être de l’enfant, gardé par ses parents dans la petite enfance (480 jours fractionnables dont 180 pouvant être transférés à l’autre parent, et 60 réservés à chacun des deux parents). Puis l’enfant est envoyé dans des établissements publics facultatifs jusqu’à l’âge de scolarisation obligatoire. Ainsi, l’enfant est plus longtemps auprès de ses parents et les crèches ont une meilleure capacité étant donné que nombreuses places sont libérées (les enfants de moins d’un an étant chez leurs parents). En parlant de crèche, il me semble égalemment important de développer les crèches associatives, notamment sur le lieu de travail.
Le projet du parti socialiste pour 2007 innove en créant un service public de la petite enfance qui offre une série de services coordonnés autours de l’école maternelle et des collectivités locales, aujourd’hui dispersés, et dont les familles les plus en difficultés ne bénéficient pas toujours, notamment par méconnaissance : crèches, assistantes maternelles, aides médico-sociales, aides pédagogiques... De plus, afin de donner à tous les mêmes chances de réussir son parcours scolaire, la scolarisation sera rendue obligatoire dès l’âge de 3 ans.
Ainsi, je trouve que le projet socialiste, intéressant en ce qui concerne l’enfant, ne va pas assez loin concernant la petite enfance qui représente l’avenir de notre nation !!!
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