Monsieur De Villiers,
La peine de mort, sujet oublié par les français, pourtant ressorti occasionnellement par les medias lors des mises à mort américaines, a été abolie en 1981 par F. MITTERAND contre l’avis des français, plus d’un siècle après la prise de position publique de V. HUGO à l’Assemblée Nationale en 1848. Cependant elle reste un enjeu politique : en effet, sa réintroduction dans notre pays est mentionnée dans votre programme électoral, M. De Villiers, au même titre que l’abolition de l’Interruption Volontaire de Grossesse et autres libertés.
Je commencerai par vous prouver que cette restauration est quelque chose de totalement déplacé. En effet, nombreuses institutions la rejettent par l’intermédiaire d’articles, et notamment la convention européenne de 1983 dont l’article 1 précise que « la peine de mort est abolie ; nul ne peut être condamné à une telle peine ou exécuté ». Bien sûr, cela ne vous dérange en aucun cas puisque l’Union Européenne, que vous n’aimez pas, vous souhaitez la quitter. C’est un point qui vous oppose à de nombreux français et j’en suis ravi, étant personnellement impliqué dans la promotion de nos institutions européennes. Victor HUGO, célèbre précurseur de la littérature militante disait : « La France a de cela d’admirable qu’elle est destinée à mourir ; la France deviendra l’Europe ».
En matière de peine de mort, la situation a évolué de manière remarquable depuis 1977, où 16 pays seulement l’avaient abolie (conférence internationale sur la peine capitale de Stockholm proposée et organisée par Amnesty International), alors qu’ils sont aujourd’hui plus de 80. Réjouissons nous de faire désormais partie de ces pays humanistes. Nous, citoyens de la France, pays des droits de l’homme. Pourquoi, alors que la ligne de conduite mondiale a tendance à supprimer ce fléau, voulez-vous revenir en arrière ? Régression sociale digne de votre situation extrême dans le panorama de la droite française. Mais cela ne m’étonne pas de vous car en terme de régression vous êtes vainqueur (enfin un domaine qui vous réussit) ; en effet, l’ancienne société reposait sur 3 piliers : le prêtre, le roi, le bourreau. je n’aurais pas de mal à montrer, qu’en temps que fervent catholique, figure française du royalisme et restaurateur (avec toutes les connotations liées à la restauration, période historique de la re-monarchisation de notre nation) de la peine capitale, vous incarnez à part entière, monsieur, cette société féodale. Il me semble qu’il est grand temps de passer à autre chose, ce serait oublier ce pour quoi tant de révolutionnaires ont offert leurs vies.
N’oubliez pas que toute peine disproportionnée est décrédibilisée. En effet, toute loi pénale a de moins en puissance ce qu’elle a de trop en sévérité. D’ailleurs, il a été montré que la mise en place de la peine capitale pour un délit est suivie d’une diminution de la fréquence de ces délits à court terme, puis une ré-élévation pour revenir au point de départ. C’est-à-dire qu’elle est tout simplement inefficace. Cesare Beccaria a montré dès le 18ième siècle que l’efficacité d’une peine relevait moins de sa sévérité que de sa durée. En effet, il me semble qu’une punition est un moyen de permettre progressivement à l’individu d’évoluer et progresser dans le sens du « bien » en se remettant en question, ce qui est en totale contradiction avec la peine de mort.
De plus, cette sentence ne touche pas que le condamné. Ce serait oublié la famille et tout son entourage. Tous ces innocents qui auront à souffrir de la disparition d’un fils, d’une fille, d’un mari, d’une femme, d’un père, d’une mère... En parlant de mère, vous vous rappelez de la célèbre lettre au président Chirac intitulée « Je vous demande le droit de mourir » de Vincent IMBERT, accidenté de la route, et toute l’affaire qui s’en suit ? Comment arriverez vous à expliquer aux français pourquoi l’euthanasie à la demande du bénéficiaire est pénalement un crime et que l’atteinte à l’intégrité corporelle vitale décidée par l’Etat (par l’intermédiaire d’un juge et de 12 jurés) ne le serait pas ? Et que faites vous des exemples d’innocentés américains après leur exécution ?
Enfin, pour finir, je citerai un autre grand citoyen français, Jean Jaurès qui a dit « la peine de mort détourne les nations de la recherche des responsabilités sociales dans le crime ». Bien sûr, nous le connaissons votre faux « socialisme » à coup d’exclusions raciales, culturelles et cultuelles. Mais soulignons qu’en grande partie la criminalité vient en généralité de la misère, autant sociale que psychique. Ainsi, plus qu’humain, le combat contre la peine de mort est une lutte politique et sociale ! D’où la priorité du travail social, d’où l’importance de la prévention face à la répression. « Donnez du travail aux hommes, vous les rendrez honnêtes gens » disait Voltaire. N’oubliez pas M. De Villiers, la justice n’est pas la vengeance de la société !
Pour toutes ces raisons, seul l’air de notre société doit dans un temps donné être capable de donner la peine de mort. HUGO a dit « La peine capitale est abolie par les politiques, remise en place par les bourreaux ». Oui monsieur, parce que vous voulez remettre au goût du jour la peine de mort, vous êtes, à mes yeux, un bourreau ! Cependant, j’aime à noter que Robespierre n’était, en 1791, pas favorable à la peine de mort ; ainsi paradoxalement s’ouvre ainsi l’espoir que vous changiez d’horizons funèbres...
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