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Mercredi 19 mars 2008


Alors qu’aujourd’hui le gouvernement, les média, la société même, remettent en cause la sécurité sociale, les régimes spéciaux, les retraites, légitiment la flexibilité et la dégradation des conditions de travail au nom du pouvoir d’achat, la Banque des Règlements Internationaux et l’INSEE affirment que l’amplitude entre la part des profits et celles des salaires dans le PIB n’a pas été aussi importante depuis 45 ans. Information chiffrée par la commission européenne qui estime à - 8,6% la part salariale du PIB en Europe, et à - 9,3% en France. Soit environ 162 milliards d’€ (PIB = 1800 milliards d’€) passés de la bourse salariale à celle des actionnaires ; soit plus de 13 fois le déficit de la sécurité sociale, plus de 32 fois le déficit des caisses de retraite… L’inégalité de partage des richesses nationales s’affirme également par d’autres chiffres : alors que les salaires nets n’ont augmentés que de 16% en 20 ans, l’augmentation du CAC 40 se chiffre à 470% (les échos, 30 novembre 2007). La situation est telle que l’ancien directeur de la réserve fédérale américaine, Alan Greenspen, déclare « avoir peur de la montée du ressentiment contre le capitalisme ». Le karch 2008 sera t-il le dernier ?


L’autogestion des entreprises par ses salariés parait être une alternative plus démocratique, plus humaine et plus solidaire au capitalisme classique. Ce modèle économique social a pris son essor après la crise de 2001 en Argentine pendant laquelle le président De la Rua a démissionné sous la pression populaire en réponse à sa politique néolibérale (aboutissant à la multiplication par quatre de la dette extérieure, l’épuisement total des réserves de la banque centrale, à la chute en dessous du seuil de pauvreté de 60% de la population et haussant les indices de corruption et de criminalité au plus haut), puis s’est étendu à l’Espagne, notamment dans les régions autonomes, pendant sa crise économique des années 1980, à l’Italie, au Venezuela… Les résultats sont inexorables : avec une moyenne de 70% de survie de ces entreprises à 5 ans en Europe, le gouvernement espagnol estime que ce système a permis de récupérer 40 000 emplois pendant la crise économique espagnole. Actuellement, l’économiste Anthony Jensen évalue à 50% en Grande-Bretagne la proportion de faillites évitables dues à une mauvaise gestion patronale.


La théorie est simple : là où un repreneur se remplit les poches et fait re-couler la boîte, les salariés-actionnaires d’une entreprise ont tout intérêt à réinjecter les bénéfices dans l’entreprise ou les salaires. En d’autres termes, sauver un emploi est plus important que faire des bénéfices. En Espagne, dès 1985, le gouvernement a permis le versement anticipé de la totalité de l’assurance chômage à condition que l’ex-salarié la place au capital d’une coopérative (la pago unico). En parallèle, en France, l’aide instaurée en 1979 par Valery GISCARD d’ESTAING a été limité en 1995 par Alain JUPPE aux RMistes et chômeurs de longue durée, puis supprimée en 1996 par JP RAFFARIN alors ministre du commerce avant d’être ré-actualisée par le gouvernement JOSPIN en créant timidement l’Encouragement au Développement d’Entreprises Nouvelles sous forme de crédit à taux zéro pendant 5 ans.


Devant deux arguments pratiques tels que, premièrement, le fait que si la pago unico n’a pas été supprimée en Espagne c’est qu’elle rapporte à l’état et deuxièmement qu’il est facile à comprendre qu’il est plus rentable pour l’état de dépenser 5000€ pour créer une Société COopérative de Production (SCOP) que de payer des indemnités chômages au moins équivalentes, et au vu de la remise en cause de cette économie sociale par l’Union Européenne, il me semblerait indispensable de faire davantage. Pourquoi pas en prenant exemple sur le modèle espagnol avec un versement anticipé complet ou partiel de l’assurance-chômage, associé à une aide juridique et financière concrète, à la création de fonds capital-risque nationaux (comme la Compagnia Finanziara Industriale en Italie, Transmea dans le département des Bouches du Rhône), à l’avènement d’un droit de préemption qui ferait des ex-salariés de l’entreprise des créanciers prioritaires ?


Comment encourager les pouvoirs publics à promouvoir, au non du droit constitutionnel au travail, la participation des travailleurs dans l’entreprise et faciliter leur accès à la propriété des moyens productions ? quelles mesures seraient incitatives ? et l'Union Européenne dans tout ça ?



A lire : (proposés par Patrick SAVIDAN, maître de conférences de Philosophie morale et politique à la Sorbonne)
Capitalisme et démocratie (Marc Fleurbaey, Grasset),
L’âge de l’autogestion (Rosanvallon),
Repenser l’égalité des chances (P. Savidan, Grasset)
Par Olivier GUILLARD
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