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Mercredi 21 mai 2008

L’affaire Elf, l’Angolagate, la rétrogradation ministérielle de JM Bockel, les reportages récents de France Télévision sur les « suspicions » de corruption et détournement d’argent public d’Omar Bongo Odimba et autres présidents membres du « syndicat des dictateurs soutenus par Paris », les actualités en République Centre-Africaine et au Tchad ne sont que les petites parties immergées d’un immense iceberg qui fait sombrer le continent africain depuis la vague décolonisation des années 1960 : la Françafrique. Angola, Togo, Congo-Brazzaville, République démocratique du Congo, Rwanda, Sénégal, Côte d’Ivoire, Cameroun, Tchad, Comores, Gabon, Burkina Faso, Nigéria, Madagascar, Benin, Algérie, Tunisie, Maroc, Guinée, Niger, Djibouti, Mali, Centrafrique, Mauritanie, Guinée Equatoriale sont concernés.


 

Au Gabon, la politique françafricaine depuis De Gaulles soutient Omar Bongo Odimba, « président » depuis 40 ans, et protège son régime de corruption en veillant sur les intérêts des entreprises pétrolières (Elf, aujourd’hui Total). Sur les 13 milliards d’€ de pétrole exportés par an (ce qui explique que le PIB par habitant du Gabon soit un des plus importants sur le sol africain), seuls 2% reviennent dans les caisses de l’état et l’Espérance de Vie en Bonne Santé (EVBS, OMS) au Gabon s’élève à 54 ans, les dépenses de santé y sont à peine supérieures à 5%, la couverture vaccinale contre la polio des enfants de moins de 1 an est inférieure à 50% ce qui le classe dans les 10 pays les moins couverts. Le président du Gabon définit ainsi les relations franco-africaines: "L'Afrique sans la France, c'est la voiture sans le chauffeur. La France sans l'Afrique, c'est une voiture sans carburant.". Au Nigeria, l'exploitation pétrolière a permis aux autorités d'encaisser plus de 223 milliards d'euros depuis les années 1970, et les compagnies pétrolières davantage ; et pourtant, les populations, vivent dans la pauvreté : pas de route, pas d'eau potable, pas d'électricité, pas d'écoles, pas d'hôpitaux, chômage rampant, etc… La corruption de l’élite d’un pays se lit dans son paysage.



En France, la politique africaine est loin d’être un modèle démocratique : elle n’est jamais débattue au parlement et est le fruit de la cellule africaine de l’Elysée. Cette cellule née pendant la vague de décolonisation a pour mission de « veiller à la sauvegarde des intérêts de la France en Afrique ». Son premier directeur fut M. Jacques Foccart, surnommé « Monsieur Afrique », homme de l’ombre de De Gaulles, Pompidou puis Chirac, considéré comme instigateur de nombreux coups d’état, proche du général Mobutu et mêlé à des affaires criminelles et d’espionnage. L’actuel directeur de la cellule, Bruno Joubert, est un ancien directeur stratégique de la DGSE et secrétaire général adjoint de l’Elysée. La politique franco-africaine est ainsi gérée comme une affaire privée sous influence militaire prégnante et, pour certains, de la Grande Loge Nationale Française franc-maçonnique (cf François-Xavier Verschave, président de l’association Survie et Claude Wauthier, journaliste au Monde Diplomatique).



« Pour 1€ apportée en Afrique, 2€ sont repris par ailleurs (entreprises pétrolières essentiellement)» selon l’ex-juge Eva Joly contre la corruption. Malgré ses promesses électorales, M. Nicolas Sarkozy s’est empressé de recevoir puis visité le président-dictateur gabonais Omar Bongo Odimba, symbole de la françafrique. Il semble indispensable de réformer dès maintenant une politique française vieille de 50 ans mettant à sac le continent africain. Cette réforme doit contenir :


1. Démantèlement de la cellule africaine de l’Elysée avec éclatement et transfert de ses « compétences » vers les différents ministères concernés (Affaires étrangères, Co-développement, etc…), plaçant ainsi le continent africain à égalité avec tout autre pays du globe


2. Mettre en place un co-développement à type de lutte contre la corruption favorisant la formation de juges, juristes et avocats spécialisés dans la lutte contre la corruption, en favorisant la création d’associations permettant le contrôle du fonctionnement financier des institutions publiques et enfin en appuyant les procédures chargées de ramener les fonds détournés dans leur pays d’origine.


3. Retrait des forces armées française du continent africain, remplacées par des casques verts ou bleus s’il est jugé nécessaire par l’Union Africaine ou l’ONU.


 

Une citation du New-York Times résume parfaitement l’opinion étrangère de la politique françafricaine : « Seul le continent africain donne à la France l'illusion d'être une grande puissance ».

Par Olivier GUILLARD
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