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Vendredi 30 mai 2008

 

Bertrand DELANOË, De l’audace !, p. 43 à 45 :




" Tenez-vous un discours social-libéral ? "


 

 

Non, je ne suis pas social-libéral : je n’adhère pas à ce que représente ce courant de pensée. Mais je vous le dis tout net : je ne réfute pas mécaniquement ce vocable, "libéral". Et quand il s’applique à une doctrine politique,  au sens global, je crois même qu’un militant socialiste devrait le revendiquer. En revanche, ce qui est inacceptable pour un progressiste, c’est de hisser le "libéralisme" au rang de fondement économique et même sociétal, avec ses corollaires : désengagement de l’État et laisser-faire économique et commercial. Il est donc temps que nous cessions de nous acharner sur un mot, et que nous tournions le dos à cette triste époque de notre histoire collective, qui a vu une grande partie de la gauche française rejeter une constitution européenne au motif qu’elle aurait été "libérale". C’est d’autant plus absurde – et croyez bien que je ne suis pas inspiré par le goût du paradoxe, mais par celui de la vérité – que la gauche que je défends est par essence libérale. Quant au sarkozysme, ce bonapartisme modéré par la désinvolture – mais nous y reviendrons –, il est profondément antilibéral. Je le dis et je tente de le prouver.  Qu’est-ce que le libéralisme ? C’est une doctrine d’affranchissement de l’homme, née dans l’Europe des Lumières. C’est, comme son nom l’indique, une idéologie de la liberté, qui a permis l’accomplissement de grandes conquêtes politiques et sociales. Le principe en est simple : il n’y a pas d’oppression juste, il n’y a pas de chaîne qui ne doive être brisée, il n’y a pas de légitimité, ni donc de fatalité, à la servitude. Et le libéralisme, c’est dans le même temps l’idée que la liberté est une responsabilité, qu’être libre ce n’est pas faire ce que l’on veut mais vouloir ce que l’on fait. Au nom de cet héritage intellectuel- là, celui de Montesquieu, de John Locke, au nom de ceux qui ont su se dresser contre le confort mortel de l’habitude pour dire non, je suis libéral. Je suis libéral parce que j’aime la liberté. Pour moi-même : j’ai toujours voulu être un homme libre de toutes les puissances et de toutes les dominations. Et pour les autres : j’aime les peuples libres qui défient la rigueur de l’histoire, j’aime que, collectivement, s’exprime le désir d’avancer fièrement dans la voie que l’on s’est souverainement tracée. Et ce que je dis des peuples vaut pour les personnes. Chaque individu a droit au bonheur, et il a le droit de le rechercher par les moyens qu’il souhaite. Avec une seule limite, celle de l’article 4 de la Déclaration des droits de l’homme, qui définit l’idée que je me fais du libéralisme : "(...) l’exercice des droits naturels de chaque homme n’a de bornes que celles qui assurent aux autres membres de la société la jouissance de ces mêmes droits." Le libéralisme est donc d’abord une philosophie politique et j’y adhère. 


Ce sont les conservateurs qui l’ont dévoyé au service d’une idéologie du laisser faire économique et de la perpétuation des rentes et des privilèges dont ils bénéficient déjà. Au nom d’un principe de liberté, leur dessein est en réalité celui de l’immobilisme, qui prolonge leurs avantages et reproduit toujours les mêmes inégalités. C’est une supercherie à la fois intellectuelle et idéologique, dont la gauche ne doit pas, ne doit plus, s’accommoder. Je suis donc libéral ET socialiste. »


Par Olivier GUILLARD
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Commentaires

Au delà du talent et de la légitimité de Delanoë, on peut lui reprocher plusieurs choses par sa petite phrase: déplacer le centre de gravité du parti vers la droite, s'entéter dans un marquage individuel avec Ségolène Royal, ne pas apporter de réponses concrètes et modernes (pragmatiques diraient nos adversaires) aux différentes problématiques de notre époque...

Mais revenons sur cette phrase: je suis libéral et socialiste, et entamons une archéologie sémantique du libéralisme.
Les néo libéraux depuis Thatcher et Reagan (et leur fils caché Sarkozy) se réclament du libéralisme économique: le libre échange des marchandises, mais le teintent d'un conservatisme social accentué par les pressions invisibles de la religion et de la conformité morale.
Alors s'affirmer libéral quant on connait l'origine du libéralisme qui remonte au xviiième siécle lorque Rousseau parlait de contrat social ou Descartes de libre arbitre (je pense donc je suis), c'est très interressant, mais cela peut amener à des racourcis qui eux m^mes conduisent à des non sens pour le commun de nos concitoyens: libéralisme= déregulation = délocalisation = chomage = privatiqation du domaine non marchand = + de pauvres = + de riches...
C'est aussi simple que cela et je crois que nos élites peuvent théoriser la société mais ont surtout un devoir pédagogique d'explication. Et si on ne paut qu'adhérer sur le fond aux propos de notre camarade, on peut lui reprocher de ne pas avoir assez saisi l'opportunité de s'expliquer d'avantage. On peut surtout reprocher à ségolène d'en faire des tonnes pour contredire Delanoë et finalement se contredire puisqu'elle même est dans une démarche libérale.

En conclusion Bertrand aurait pi dire pour que tout soit plus claire: je suis pour une société liberale solidaire et pour une économie de redistribution socialiste.

Ps une nouvelle idée pour 2012: proposer que le parlement soit composer de moitié d'élus professionnels de la politique, et de moitié de citoyens tirés au sort.
Commentaire n°1 posté par julien le 01/06/2008 à 12h33
La volonté de Bertrand DELANOE, en plus de probablement vouloir se démarquer des autres candidats, est de remettre en avant la valeur libérale comme fondement du socialisme. Tous les socialistes sont conceptuellement libéraux. DELANOE veut en faire son cheval de bataille et ré-approprier ce concept au socialisme par le biais d'une bataille culturelle et d'une pédagogie forte.

Le soucis majeur auquel il doit faire face et le caricaturisme des média qui coupent ses phrases pour alimenter une polémique et faire adhérer les "spectateurs" à un feuilleton politico-commercial (le "Plus belle la vie" du Parti Socialiste).
Commentaire n°2 posté par Olivier GUILLARD le 01/06/2008 à 21h20
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