Alors qu’en France l’application des dispositions de la Loi Evin (1991) est insuffisante, après l’Italie et l’Espagne, mardi dernier, Nicolas Sarkozy s'est prononcé pour l'interdiction de fumer dans tous les lieux publics, sauf dans les bars-tabac en soulignant que « le tabagisme est une cause importante de morbidité et de mortalité prématurée ». Cette idée est consensuelle, à droite comme à gauche. Les Jeunes Radicaux de Gauche vont encore plus loin en interdisant de fumer dans tous les lieux fermés et couverts qui accueillent du public ou qui constituent un lieu de travail, ainsi que dans l’enceinte des établissements d’enseignement et d’éducation ; interdiction accompagnée d’une réelle politique préventive et curative s’appuyant notamment sur la médecine scolaire ainsi que sur celle du travail, actuellement fortement dépourvues par l’action gouvernementale. Pour responsabiliser les fumeurs, le président de l’UMP a également plaidé pour l'introduction d'une franchise forfaitaire trimestrielle sur la consommation de soins, fonction de la situation socio-économique du contribuable. Les exemples de l'Irlande et de l'Italie ont montré que le bannissement du tabac n'avait pas vidé les bars et les restaurants. Au contraire, puisque l'assainissement de ces lieux de divertissement et de rencontre semble avoir incité les gens à s'y rendre davantage et à y demeurer plus longtemps. Les défenseurs des libertés individuelles n’ont pas tardé à répliquer, mais le droit d’échapper à la fumée est-il inférieur à celui de fumer ? Cependant, face à la frilosité des tenanciers des bars, je pense qu’il serait préférable de leur laisser un choix : l’interdiction radicale de fumer dans le bar ou la prise en charge personnelle de travaux d’isolation efficace entre les secteurs fumeurs et non fumeurs, ainsi qu’une aération permettant d’évacuer la fumée directement à l’extérieur.
Mais je pense qu’il faut aller plus loin encore. Aucune solution ne sera réelleme
nt efficace si l’on n’arrive pas à sensibiliser et responsabiliser les citoyens. Ainsi je pense que les médecins devraient se limiter à prescrire uniquement des traitements symptomatiques (et non étiologiques) aux assurés sociaux à comportements à risques pour les pathologies qui découlent de ce dernier. Limitation thérapeutique survenant uniquement après le refus du patient à suivre une prise en charge établie par le médecin de famille ayant pour but d’éradiquer la cause primaire de la pathologie (soit le comportement à risques et les causes de ce comportement) ; or cadre d’une non assistance à personne en péril bien entendu. Ces comportements à risque seraient définis par des négociations entre les associations d’usagers, les syndicats de médecins, l’ordre des médecins, et les experts de la sécurité sociale. Je pense en particulier au tabac, à l’alcool, aux drogues, ou encore à l’obésité... Cette pratique est déjà courante, comme l’est le débranchement de respirateur dans les services de réanimation, alors pour protéger aussi bien les usagers que les praticiens, établissons un cadre légal. Cadre légal qui existe déjà en ce qui concerne les greffes d’organes.
Donnons un exemple concret. Un obèse morbide vient consulter pour un mal de dos et une hypertension artérielle résultant de sa surcharge pondérale excessive. La conduite à tenir est d’établir un traitement symptomatique (antalgiques plus anti-hypertenseurs), puis déterminer les éventuelles causes de l’obésité puis pallier à ce comportement à risques avant d’entreprendre d’autres traitements. Si ce patient refuse la consultation et le suivi d’un nutritionniste, il ne bénéficiera pas de soins supplémentaires. Puis après que fait-on ? On augmente les doses, on prescrit des antalgiques plus puissants, on plonge le patient dans un sommeil artificiel ?
Certains disent que cette mesure défavoriserait les pauvres car les riches peuvent payer. Cet argument est totalement déplacé. Il ne s’agit pas de financement mais d’accès aux soins. Si le praticien refuse les soins, riches et pauvres seront placés devant un pied d’égalité. Si le praticien les accepte, ils le seront toujours grâce à la sécurité sociale. Il n’y a aucune modification sociale du fonctionnement de la médecine dans cette mesure. Enfin, si, bien sûr que si, dans le contexte actuel de remise en cause de la CMU, cette mesure permet de réaliser une économie non négligeable sur des soins répétitifs de coûts non négligeable et ainsi favorise le maintien de la CMU. La personne prenant soin de sa santé sera mieux soigné, dans de meilleures conditions notamment grâce à plus de moyens, et l’usager à comportement à risques prenant la sécurité sociale comme assurance vie sera responsable de la dégradation de son état sanitaire. Je suis entièrement favorable à la liberté individuelle, du moment qu’on l’assume jusqu’au bout. Laisser des citoyens mal soignés parce que d'autres abusent de la sécurité sociale avec leur comportement à risques et leurs petits plaisirs est contraire aux lois de l’humanité !
D’autres clament que cette limitation thérapeutique est illégale. C’est faux. Comme le prévoient le serment d’Hippocrate et la loi Kouchner 2002, le médecin a le droit de choisir ses patients (art. 47 du Code de déontologie médicale prévoit que "hors le cas d'urgence et celui où il manquerait à ses devoirs d'humanité, un médecin a le droit de refuser ses soins pour des raisons professionnelles ou personnelles). Toutefois il se doit d’exercer son métier sans aucune discrimination. Ici il ne s’agit pas de discrimination mais d’un refus de soins à l’initiative du patient qui refuse de pallier le comportement à risque responsable de sa pathologie. Il ne s’agit pas de refuser des soins à un patient parce qu’il est obèse, mais parce qu’il refuse de prendre en charge efficacement son obésité. Soignez n'est pas dire oui à toutes les requêtes du patient, c'est trouver un compromis entre ce que la médecine juge nécessaire et la volonté du patient.
Je considère cette mesure comme résolvant une part des problèmes liés au tabagisme passif et ceux des problèmes de santé publique liés au manque de financement de la sécurité sociale. Ce dernier point est d’actualité : certains spécialistes sont actuellement en grève car en raison d’une volonté de réaliser des économies, on leur fournit du matériel de moins bonne qualité, ce qui, malgré une amélioration des compétences des praticiens, aboutit à des incertitudes sur les courts et longs termes, potentiellement génératrices de recours à la justice et donc d’augmentation des primes d’assurance. Soyons citoyens, soyons responsables !!!
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