Autant le Tsunami de décembre 2004 a montré au monde l’extraordinaire capacité de mobilisation des medias, autant la crise du Darfour, la famine au Niger ou encore les tremblements de terre pakistanais ont dévoilé l’extraordinaire capacité de négligence des medias.
Aujourd’hui, pour qu’un phénomène attire les médias il doit remplir un certain nombre de conditions :
- être la cause d’un grand nombre de morts,
- toucher une population de même type que celle qui constitue l’audience (région touristique),
- être responsable d’une souffrance chez les enfants les plus jeunes possibles,
- donner la possibilité de rapporter des images spectaculaires et des témoignages empoignants,
- avoir une implication dans la politique étrangère, économique et stratégique pour le pays du media
- être un phénomène très simple, tant à expliquer qu’à comprendre.
Le journalisme d’aujourd’hui, notamment suite à la réduction du temps accordé à l’international du fait que la population cible se sent moins concernée, est un journalisme réducteur. Ainsi, on décrit les crises, quand elles sont sélectionnées par les rédactions, sans les expliquer et sans les replacer dans le contexte ni analyser les causes et leurs conséquences à long terme. Par exemple, on couvrira une famine en switchant les problèmes de malnutrition et d’agriculture. Bref, on arrive à la mise en place d’une routine journalistique universelle basée sur la nouveauté et son caractère brutal. On observe en général dans les journaux télévisés la présence d’un unique gros titre style « l’Irak », « la grippe aviaire » ou encore « le CPE ». En effet, si l’on part du principe que trop d’info tue l’info, que si l’on parle de tout on arrive à une indigestion informative, les medias doivent avoir un moyen de sélection drastique.
Seulement la presse ne peut réduire ses infos et avoir la prétention de couvrir le monde. Autant les medias ont la responsabilité d’informer, autant devrait s’installer dans l’éthique journalistique du nouveau millénaire une responsabilité de protéger : anticiper, prévenir et investir dans des enquêtes à long terme afin de ne pas pratiquer l’indifférence, volontaire ou non, face à des génocides. Nos télé permettent de gagner des voyages de rêves aux téléspectateurs en envoyant des SMS mais les rédactions refusent de payer un billet d’avion à leurs journalistes pour couvrir un génocide. Il est temps je pense de couvrir autrement l’Afrique et le Sud-Est asiatique : reprendre du journalisme d’investigation sur les politiques extérieures des pays occidentaux, sur la logique des institutions d’états et financières internationales et la corruption, sur les réseaux parallèles, sur les stratégies d’entreprise... C’est avec plus de transparence qu’on aboutira à une meilleure gouvernance mondiale. Mais au fait, que cherchent les pays européens : veut-on le développement de l’Afrique ou sa survie ?
On peut aussi penser l’intérêt de certains gouvernements à restreindre ce type d’information pour des raisons simples : en absence de couverture médiatique rien n’oblige l’envoi d’aide humanitaire qu’elle soit financière, matérielle ou humaine, et rien n’oblige à montrer que le gouvernement n’est pas suffisamment bien renseigner, souvent par défaut d’intérêt, sur ce sujet. Pourtant c’est la somme de ces crises, de ces famines, de ces génocides qui doit affûter notre politique étrangère mais aussi notre politique intérieure du fait des flux migratoires engendrés.
A l’heure où il existe de multiples associations humanitaires, j’ai la conviction que toutes ont leur rôle à jouer. A l’image de Médecins Sans Frontières qui désire ne prendre aucun parti dans la politique extérieure, à l’image de Médecins du Monde, qui au contraire, s’impliquent politiquement au niveau international et national (on l’a vu avec les tentes pour les sans domiciles parisiens). Chacune d’elle a des attentes différentes du « grand cirque » médiatique, sa battant entre la couverture et la récupération, mais il est grand temps que nos concitoyens se sentent plus concernés par ce qui se passe aux portes de l’Union Européenne.
Derniers Commentaires