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Vendredi 10 novembre 2006 5 10 /11 /2006 18:59

J'ai écrit cet article essentiellement dans le but de faire connaitre le poème de la vieille femme grincheuse sur lequel j'ai eu l'occasion de retomber récemment (merci Sarah, 1ère année). J'ai ensuite esayé de faire une micro-analyse mais j'avoue que le résultat n'est pas formidable. Quoiqu'il en soit, ce poème restera gravé dans ma mémoire lors de ma pratique médicale présente et future.


La vieille femme grincheuse

Qui vois tu, toi qui me soignes, que vois tu ?
Quand tu me regarde, que penses tu ?

Une vieille femme grincheuse, un peu folle, le regard perdu qui n'y est plus tout à fait, qui bave quand elle mange et non répond jamais, qui, quand tu dis d'une voie forte « essayez » semble ne prêter aucune attention à ce que tu fais et ne cesse de perdre ses chaussures et ses bas, qui docile ou non, te laisse faire à ta guise, le bain et les repas pour occuper la longue journée grise. C'est ça que tu penses, c'est ça que tu vois ?

Alors ouvres les yeux ce n'est pas moi. Je vais te dire qui je suis, assise là si tranquille, me déployant à ton ordre, mangeant quand tu veux : Je suis la dernière de dix, avec un père et une mère, des frères et des soeurs qui s'aiment entre eux. Une jeune fille de 16 ans des ailes aux pieds, rêvant que bientôt elle rencontrera un fiancé. Mariée déjà à 20 ans. Mon coeur bondit de joie au souvenir des voeux que j'ai fait ce jour là. J'ai 25 ans maintenant et un enfant à moi qui a besoin de moi pour lui construire une maison. Une femme de 30 ans, mon enfant grandit vite, nous sommes liés l'un à l'autre par des liens qui dureront. 40 ans, bientôt il ne sera plus là. Mais mon homme est à mes côtés et veille sur moi. 50 ans, à nouveau jouent autour de moi des bébés ; me revoilà avec des enfants, moi et mon bien-aimé.

Voici les jours noirs, mon mari meurt. Je regarde vers le futur en frémissant de peur. Mes enfants sont tous occupés à élever les leurs et je pense aux années et à l'amour que j'ai connus. Je suis vieille maintenant, et la nature est cruelle, qui s'amuse à faire passer la vieillesse pour folle, mon corps s'en va, la grâce et la force m'abandonnent, et il y a maintenant une pierre là où jadis j'eus un coeur. Mais dans cette vieille carcasse, la jeune fille demeure dont le vieux coeur se gonfle sans relâche. Je me souviens des peines, je me souviens des joies. Et à nouveau je sens ma vie et j'aime. Je repense aux années trop courtes et trop vite passées, et accepte cette réalité implacable que rien ne peut durer.

Alors ouvres les yeux, toi qui me soignes et me regardes. Non la vieille grincheuse. Regardes mieux, tu me verras !


Ce vieux poème retrouvé dans les affaires d'une dame âgée après sa mort au Centre Hospitalier Général de Dieppe pointe à l'époque le manque d'humanité dans nos hôpitaux. Mais qu'en est-il aujourd'hui ? Les choses ont elles changées ? Je ne pourrais pas répondre à cette question, ne connaissant pas l'état humanitaire de nos centres hospitaliers il y a quelques années, mais en ce qui concerne l'état actuel, je peux garantir que la médecine actuelle est le reflet de notre société : efficacité, rentabilité, efficience, etc... autant de notions qui régissent chaque jour l'activité du médecin comme de tout employé d'une quelconque entreprise. « Le soin est fondamentalement technique », « Le médecin a suivi une formation médicale complexe qui détermine la manière de considérer le corps », « Les interactions entre le médecin et les malades sont des transactions ». Toutes ces phrases issues de cours de sciences humaines dispensés aux étudiants en médecine de 1ère année sont garantes de la non évolution des pensées. Ces façons de faire ont fait passer la médecine d'un paradigme de l'efficacité scientifique des années 60 à un paradigme de justification de nos jours. Ce qui n'est fondamentalement pas un problème en soit étant donné le manque d'éthique, le poids politique du coût de la santé et le monopole que s'est octroyé l'état par la loi Chevandier en 1892. Cependant, le mécontentement de ce qu'on appelle les « consommateurs de santé » aboutit petit à petit au passage d'une obligation de moyens à une obligation de résultat que la médecine ne pourra jamais fournir. Il aboutit aussi à une volonté de déserter les hôpitaux remettant les rivalités hôpital public / clinique privée au goût du jour (qui ne valent pas forcément mieux pour certaines). Bref, par notre comportement de praticiens, qui est le stricte reflet d'une société ou les « grands » ne craignent rien, nous portons atteinte à la démocratie sanitaire.

Par Olivier GUILLARD - Publié dans : Promotion de la santé
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Commentaires

On peut de plus en plus entendre la population dire que les medecins restent des mecaniciens : ils s'attaquent au probleme, en fonction de leur temps, et de leur capacite (on va pas s'en plaindre), mais pratiquent ce qu'ils ont a faire sans s'occuper du reste ! En effet, en etude de medecine, on ne trouve pas de cours clairs des relations medecin/patient, des differentes postures a adopter, etc ... Gardons en tete que, quand une personne agée meure, c'est une bibliotheque qui brule ! Souvenons nous de la perte de la bibliotheque d'Alexandrie (bon, la j'y vais un peu fort, ok) ! Est ce que ces personnes ne meritent pas un minimum d'attention, de respect ? Il en est de meme pour tout les patients. Les metiers de la santé ne se rapportent pas a des travaux en usine, on ne peut y appliquer le Taylorisme !

Commentaire n°1 posté par Romain le 10/11/2006 à 19h33
Je suis rassuré de voir des médecins parler ainsi ( car je suppose que Romain est en médecine non?). Effectivement l'obsession des "résultats" a envahit nos hôpitaux. Il ne s'agit plus de soigner des personnes mais de "réparer" un corps, comme on réparerait une vulgaire volvo chez son garagiste.
Je rappelle la définition de la santé selon l'Organisation Mondiale de la Santé: "un complêt bien être physique, mental et social". Je pense que cettedéfinition devrait être un peu plus respectée car je la trouve juste.
Commentaire n°2 posté par Ackala le 10/11/2006 à 20h03
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