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Vendredi 27 avril 2007 5 27 /04 /2007 14:42
 

« C’est le résumé le plus court et le plus juste » d’après Laurent FABIUS, visiblement choqué et exceptionnellement sincère dans son discours à la mutualité (dans le cadre de la campagne électorale de Ségolène ROYAL) peu après son retour de la frontière soudano-tchadienne. Darfour : région de l’Ouest du Soudan, de la superficie de la France. Darfour : 300 000 morts, 2 millions de déplacés, 230 000 réfugiés au Tchad. Darfour : meurtres, viols, sous-nutrition, maladie, faible niveau de développement, reconnu terre de génocide par les USA depuis septembre 2004. Après une longue domination égyptienne puis britannique, à peine sorti de la 2nde guerre civile ayant fait 2 millions de morts de 1983 à 2003, le Soudan est à nouveau en crise. Quels en sont les enjeux, les acteurs, les effets ?

 

Les enjeux sont complexes. D’une part il y a une querelle évidente à propos du partage des ressources dans cette région où la terre est importante et l’eau et le bétail sont rares. La découverte de pétrole dans les années 80 est aussi au centre des querelles. En effet, le gouvernement soudanais a une politique de forte centralisation : il prend les ressources périphériques pour subvenir aux besoins de Khartoum (capitale du Soudan) en laissant à l’abandon les régions excentrées en conditions socio-économiques défavorables. Il s’est alors monté deux groupes armés rebels : l’Armée de Libération Soudanaise qui prend ses origines dans le parti de l’Umma et le Parti Communiste (cf journal « L’Humanité du 06 / 07 / 06), et le Mouvement pour le Justice et l’Egalité, ayant tout deux pour but avoué la mise en place la démocratie au Soudan. D’autre part, pour certains se rajouterait un conflit entre les arabes musulmans de l’Est (région de Khartoum) et les noirs musulmans de l’Ouest (région du Darfour) ou non musulmans du Sud-Soudan. Cette thèse est appuyée par le fait qu’en fin 2003, cent onze représentants du Parti du Congrès National, parti au pouvoir, ont élevé la voix pour proclamer leur inquiétude face à la manipulation des institutions par un groupe des membres du parti afin d’atteindre les objectifs d’une organisation raciste combattant pour la division du Darfour.

 

« Il ne faut pas que la complexité des choses cache l’essentiel des responsabilités » assure Laurent FABIUS. La liste est longue mais le 1er responsable est le gouvernement soudanais, à travers le président Béchir, reçu récemment en visite amicale par le président Chirac et son 1er ministre. Pourquoi l’imputabilité de ce gouvernement minoritaire issu d’un coup d’état fait elle l’unanimité  dans les responsabilités des massacres du Darfour ? Il a été observé une forte coordination entre les attaques de l’armée gouvernementale et celles des milices Janjawids (traduction littérale de « cavalier diabolique »), complicité avouée lors de l’interview à la BBC d’un milicien réfugié en Grande-Bretagne après avoir déserté, interview reprise dans le Journal de 20h du 26 / 03 / 06 sur France 2. En effet, le gouvernement assurerait un soutien matériel et financier à ces milices afin qu’elles massacrent les populations civiles soutenant potentiellement les groupes armés rebels rendant difficile la subsistance de ces derniers, pendant que l’armée gouvernementale traque ces troupes rebelles. Cette coordination est renforcée par le fait que ces milices Janjawids sont dirigées par Choukratalla, un ancien officier de l’armée soudanaise.

 

Les conséquences humaines sont simples : 300 000 morts, 2 millions de déplacés, 230 000 réfugiés au Tchad, meurtres, viols, sous-nutrition, maladies, crimes de guerre, crime contre l’humanité. Face à cette situation de nombreux groupes humanitaires ont investi le Soudan : Médecins du Monde, Médecins Sans Frontières, Action Contre la Faim, la Croix Rouge Internationale (surtout locale à vrai dire), etc… Mais l’insécurité qui règne dans le pays, y compris dans les camps de réfugiés, rend l’action des ONG extrêmement difficile dès le début du conflit, et la situation s’aggrave de jour en jour. On assiste à un repliement géographique des ONG : ACF a reculé suite à une attaque violente, MDM s’est totalement retiré. On estime à 2,5 millions le nombre de personnes qui échappent à l’assistance humanitaire indispensable. En fait, la majorité de l’aide internationale est pillée et détournée par les milices gouvernementales : elles achèvent la population que les massacres n’ont pas éliminé. Il me semble important de noter que le ministre de l’action humanitaire soudanaise n’est autre que l’ancien pro-consul chargé de l’armement des milices Janjawids. Jacky MAMOU, président d’Urgence-Darfour, ancien président de MDM, déclare : « A un moment donné il faut sortir de l’humanitarisme, sortir de la compassion, et avoir une démarche politique ».

 

 


Il est maintenant urgent de se mobiliser contre la démission de la communauté internationale rappelant le génocide au Rwanda de 1993. L’ONU a déjà voté plusieurs résolutions dont la responsabilité de la mise en place a été confiée aux forces armées de l’Union Africaine. Devant l’inefficacité de ces contraintes,  l’ONU a voté le 16 mai 2006 la résolution 1679 sous l’égide du chapitre 7 de la charte, c'est-à-dire le déploiement des forces d’intervention militaire internationale au Soudan sous condition d’acceptation par le gouvernement soudanais. La réponse de ce dernier ordonnant dès le 5 juin suivant l’arrêt immédiat des opérations de l’ONU au Darfour n’est pas surprenante. En ce qui concerne la France, le 1er ministre s’est récemment prononcé, lors d’un conseil des ministres des affaires étrangères, opposé à des sanctions contre le Soudan et rejette le vote par la commission de sécurité des nations unies d’une résolution plus contraignante (contredit une semaine plus tard par le président Chirac au discours de la mutualité du 20 mars 2006). Pourquoi en tant que citoyens français nous devons nous mobiliser ? Pour trois raisons : la France est membre permanent du conseil de sécurité, la France est une puissance militaire, notamment dans cette région du monde où nos troupes armées sont présentes dans les pays voisins du Soudan tels que le Tchad (où elles sécurisent la politique chiraquienne françafricaine par le maintien au pouvoir d’un président contesté par le peuple) ou la Centrafrique, et enfin, la France est un des poids lourds de l’Union Européenne.

 

Comment Ségolène ROYAL voit l’action de la France dans cette crise ? La candidate s’engage à rétablir la sécurité au Darfour, et dans un 1er temps dans les camps de réfugiés en attendant des conditions favorables pour la justice internationale (dont les enquêteurs sont interdits sur le sol soudanais). Elle propose ainsi plusieurs mesures : l’envoi des casques bleus malgré le refus de Khartoum, interdire les survols du Soudan, supprimer les importations / exportations et toute relation commerciale avec les pouvoirs publics et le gouvernement de Khartoum, y compris le gel des investissements dans le secteur pétrolier soudanais. Elle propose également de refuser les visas pour les responsables des massacres et de mettre en place un corridor humanitaire militairement sécurisé. Il est à noter la difficulté possible d’aller à l’encontre du droit d’ingérence étant donné les liens entre la Chine, membre permanent du conseil de sécurité, et le Soudan. En effet, la Chine récolterait 2/3 des productions pétrolières soudanaises et les armes gouvernementales et miliciennes seraient fabriquées dans des usines chinoises. Dans ce cadre, la candidate socialiste propose un certain nombre de mesure et évoque un possible appel au boycott des jeux olympiques de Pékin 2008. Ces mesures ne résoudront pas les problèmes de démocratisation du Soudan à long terme mais permettront dans un premier temps l’arrêt des massacres et favoriseront la reprise des négociations pour un accord de paix.

 

Venez débattre, donner vos opinions et vos sensations à propos de la crise du Darfour sur le nouveau forum du Mouvement des Jeunes Socialistes d’Indre et Loire : http://mjs37.exprimetoi.net

 

PS : J’ai écrit cet article bien évidemment par intéressement à la situation humanitaire au Darfour, mais également en réaction face aux media. En effet, autant le Tsunami de Décembre 2004 a montré au monde l’extraordinaire capacité de mobilisation des medias, autant la crise du Darfour, la famine au Niger ou encore les tremblements de terre pakistanais ont dévoilé l’extraordinaire capacité de négligence des medias. Aujourd’hui, pour qu’un phénomène attire les médias il doit remplir un certain nombre de conditions : être la cause d’un grand nombre de morts, toucher une population de même type que celle qui constitue l’audience (région touristique par exemple), être responsable d’une souffrance chez les enfants les plus jeunes possibles, donner la possibilité de rapporter des images spectaculaires et des témoignages empoignants, avoir une implication dans la politique étrangère, économique et stratégique pour le pays du media, être un phénomène très simple, tant à expliquer qu’à comprendre. Le Darfour ne correspond qu’à très peu de critères ce qui expliquent le faible temps de parole. Le journalisme d’aujourd’hui, notamment suite à la réduction du temps accordé à l’international du fait que la population cible se sent moins concernée, est un journalisme réducteur. Ainsi, on décrit les crises, quand elles sont sélectionnées par les rédactions, sans les expliquer et sans les replacer dans le contexte ni analyser les causes et leurs conséquences à long terme. Par exemple, on couvrira une famine en switchant les problèmes de malnutrition et d’agriculture. Bref, on arrive à la mise en place d’une routine journalistique universelle basée sur la nouveauté, son caractère brutal et la compassion. Autant les medias ont la responsabilité d’informer, autant devrait s’installer dans l’éthique journalistique du nouveau millénaire une responsabilité de protéger : anticiper, prévenir et investir dans des enquêtes à long terme afin de ne pas pratiquer l’indifférence, volontaire ou non, face à des génocides. J’ai essayé dans cet article d’expliquer les causes, les acteurs, les enjeux, et les mesures concrètes d’une candidate aux élections présidentielles, ce qui pour moi devrait être le rôle des medias.

Par Olivier GUILLARD - Publié dans : Actualité et Politique
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