A l’heure où le gouvernement américain renforce les sanctions contre Khartoum, on peut craindre que Bush reprenne une initiative ressemblante à l’intervention américaine au sein de l’Irak. A propos du Darfour, le président américain a déclaré ce jour que "Les hommes et les femmes du Darfour ont trop longtemps subi les souffrances infligées par un gouvernement complice du bombardement, de l'assassinat et du viol de civils innocents. Mon administration a appelé ces agissements par leur nom: génocide. Le monde a la responsabilité d'aider à y mettre fin. Je fais cette promesse aux gens du Darfour: les Etats-Unis ne détourneront pas les yeux d'une crise qui représente un défi pour la conscience de la communauté internationale.". Aujourd’hui je me remémore les faits de 2003. Cette année là j’étais convaincu que déclarer la guerre était une mauvaise chose et je félicitais même le président Chirac d’avoir opposer son droit de veto. Il me semble intéressant de comprendre et ne pas refaire les erreurs de 2003.
Tout d’abord, a posteriori, il faut bien se rendre compte que cette guerre était inévitable ; la preuve en est que le 1er mai 2003 les USA ont initié le conflit armé. Il y a alors une question à se poser : vaut-il mieux un conflit légitime géré par l’Organisation des Nation Unies ou une guerre dont les enjeux et les attentes des belligérants restent vagues ? Comparons deux conflits récents dont les arguments principaux annoncés étaient humanitaires et relativement similaires (« génocide », massacres, viol des droits de l’homme, etc…) : l’Irak et le Kosovo. En Irak, les USA ont dirigé la guerre, le pays est aujourd’hui dans une impasse à la fois humanitaire, sociale et politique. En parallèle, au Kosovo, où les casques bleus ont été investis de rétablir un état de droit, la province est désormais exempte de violence physique. Le bilan de la guerre en Irak est négatif, on ne peut pas en douter, mais quel aurait-il été si l’ONU en avait pris la responsabilité ? La présence de la communauté internationale plutôt que celles des USA aurait certainement moins été interprétée comme une « invasion ». D’un point de vue idéologique d’une part, et donc pratique d’autre part, il me parait évident que l’ONU aurait du gérer cette crise inévitable.
Ensuite, un argument plus théorique me tient à cœur. Personne jusqu’ici n’a nié l’existence du génocide perpétuel sur le territoire irakien. Sur les enjeux politiques, militaires, anti-terroristes, économiques (religieux et « familiaux » concernant directement les présidents Bush), il me semble raisonnable de dire que la décision d’un conflit pouvait attendre la fin de la mission des inspecteurs de l’ONU (une absence de conflit aurait été encore mieux). Mais sur le plan humanitaire nous devons confronter deux éthiques : l’une, celle de l’ONU prétendant que la communauté internationale ne peut intervenir à l’encontre de l’autonomie et l’indépendance d’un état ; l’autre estimant qu’éviter le massacre d’une population ou d’un seul homme est ce que l’on peut faire de mieux actuellement dans l’histoire internationale. Personnellement mon choix est fait. Même si l’ONU prend son temps pour y réfléchir on voit bien qu’elle aspire à la seconde : Sarajevo, Macédoine, Kosovo… Un fait marquant ne doit et ne peut pas passer inaperçu : au jour d’aujourd’hui, il y a moins de morts sur le territoire irakien qu’il n’y en avait avant cette guerre en Irak !!! L’éthique est une bonne chose, mais qu’en pensent les milliers d’Irakien ou Soudanais massacrés ?
Ainsi, en cette période où l’on reproche à B. Kouchner d’intégrer un gouvernement UMP, je me rabats, 4 ans plus tard, sur sa ligne initiale : la gestion de ce conflit inévitable et humainement indispensable devait dépendre de l’autorité de l’ONU dans un 1er temps, puis en cas d’échec, des forces de l’OTAN, remémorant le schéma tactique de la guerre de Bosnie (1992 / 1995). Ainsi, au regard de l’actualité outre-atlantique concernant la crise du Darfour, il me semble nécessaire d’interpeller la communauté internationale afin de ne pas reproduire les erreurs théoriques et pratiques de 2003.
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